ahistoryofviolence01Cronenberg nous a encore surpris il y a peu avec ses fameuses Promesses de l'Ombre. Le film confirmait le nouvel angle abordé par l’auteur depuis le majestueux History of Violence (2004) qui marquait le début de sa collaboration avec l’acteur Viggo Mortensen ainsi qu’une nouvelle approche plus concrète et posée de ses thèmes de prédilection. La simplicité apparente du sujet annonce un retour aux sources. Tom Stall, sage père de famille, tient un modeste restaurant dans une ville paisible. Au cours d’un braquage, il abat les deux malfrats qui menaçaient la vie de ses employés et clients. Il est alors porté en héros et voit sa photo publiée à la une de tous les journaux. C’est alors qu’au cours de leur réadaptation à la vie normale, la famille Stall voit débarquer un certain Carl Fogarty. L’homme, un truand de Philadelphie, est persuadé de reconnaître en Tom un assassin avec qui il eut des démêlés dans le passé.

ahistoryofviolence02Tout est dans le titre. A History of Violence remonte le temps et dévoile la véritable nature des hommes via la face cachée du héros. Cronenberg joue donc cartes sur table et présente texto les grandes lignes qui continuent à faire la force de son cinéma. Le propos est simple et pourtant si profond. Les hommes sont habités par la violence, leur chair en est imprégnée depuis la nuit des temps. Les mythes sont d’ailleurs rappelés (Abel et Caïn en tête) afin d’amplifier la valeur universelle du sujet. La vie de Tom Stall est en cela tout à fait illustrative. Cronenberg s’applique à lui dessiner une « american way of life » parfaite : une maison bien tenue, un emploi honorable, un couple épanoui et amoureux, des enfants auxquels on a inculqués des valeurs sures, etc. Le calme avant la tempête : tant de précautions extérieures pour mieux les détruire de l’intérieur. La violence habite l’homme malgré lui. Inutile de se voiler la face, le corps parle de lui-même comme dans la première scène de braquage (magistrale) où Tom réagit activement et naturellement pour sauver sa peau et celle de ses proches. Malgré les années d’acharnement à vouloir se construire une nouvelle vie, un sang meurtrier coule dans ses veines. Le même sang qui circule de génération en génération comme en témoigneront les instincts meurtriers de Jack, le fils de Tom. Chez Cronenberg, le corps est une entité. Les personnages sont soumis à leurs instincts et pulsions. Lorsque le héros apprend la vérité à sa femme Edie (sublime Maria Bello), cela entraîne des conséquences physiques de taille, à l’image de la scène dans l’escalier où leur rapport sexuel est filmé tel un duel acharné entre deux bêtes. Violence et sexe, les plaisirs se rejoignent.

ahistoryofviolence03L’investissement de Viggo Mortensen participe grandement à l’impact général du film. L’acteur invite à l’identification, ce qui accentue énergiquement l’universalité du propos lorsque la vérité éclate. La scène d’introduction, sobre quoique sans-pitié, nous mettait en garde : ça va saigner, nous n’avons pas affaire à des amateurs ! Et pourtant lorsqu’elle surgit, la violence surprend toujours. A History of Violence permet à Cronenberg de révéler des talents de virtuose jusque là sous exploités. Non pas que ses oeuvres précédentes soient toutes mineures, mais ici son talent de metteur en scène est à son paroxysme tant le propos est sobre, net, précis et efficace. Le personnage qu’il suit est captivant, noir mais touchant tant il cherche en permanence à se purger d’un passé indélébile (en témoigne la toilette dans le lac). Le sang coule à l’intérieur, dissimulé sous la peau. Tout est donc question d'apparence : une règle du jeu que la famille de Tom va désormais devoir adopter. Nous avons bien affaire à une étude, un rapport quasi documentaire sur la nature humaine. Sobriété, précision. Le regard de David Cronenberg ne peut que fasciner. Un chef-d’œuvre !