reviensmoi01J’ai entendu beaucoup de bien de Joe Wright dont le film précédent, Orgueil et préjugés, était paraît-il très réussi. Une simple comparaison d’affiches pourrait amener à croire que Reviens-moi use peu ou prou de la même recette : adaptation romanesque, florilège de costumes, Keira Knightley au casting, etc… Une affaire de famille. La jeune Briony surprend sa sœur aînée Cécilia dans les bras de Robbie, un fils de domestique. Nombre de mauvaises interprétations dues à son jeune âge poussent la fillette à dénoncer l’amant, entrainant le couple dans une spirale infernale, tragique et sans fond.

   

 

reviensmoi02Le titre joue pour beaucoup dans l'angle d'accroche d'un film. Atonement, le titre anglais, aurait du être traduit par « Expiation » et non ce REVIENS-MOI, calligraphié qui plus-est en lettres majuscules. Le rapport n’est pas le même. Là où « Reviens-moi » focalise l’attention sur les deux amants, « Expiation » s’oriente sur le témoin rongé par le remord, à savoir Briony. Cette bêtise que l’on doit aux distributeurs français scinde le film en deux, à l’insu de ce qu’aurait certainement voulu le réalisateur. La première partie nous apparaît comme fade, tel un roman dont seule la surface est reproduite sur pellicule sans qu’il n’y ait eu souci d’un fond. Tout est propre, trop propre, même lorsque Robbie (James McAvoy) part à la guerre. La terreur n’y est alors montrée que par intermédiaire de la parole. Les images sont trop lisses, à tel point que le plan-séquence qui zigzague entre les soldats sur la plage renvoie plus à une question de propreté technique qu’à l’intérêt même de représentation (à savoir la détresse humaine). Effet manqué.

   

reviensmoi03Revirement de situation au milieu d’une scène d’hôpital. Les infirmières se dispersent, laissant apparaître derrière elles Briony, la fillette devenue adulte. « Expiation », c’est ici que le roman prend tout son sens, le ton humaniste se crédibilise et le film devient œuvre. Car ne nous trompons pas, si Reviens-moi n’est pas exempt de défauts, Joe Wright demeure bel et bien un auteur. C’est lorsque démarre la deuxième partie que l’on se rend compte des qualités de la première, à savoir les petits éléments de mise en scène que l’on avait ignorés et qui malgré tout finissent par signifier quelque chose (le bruit d’une machine à écrire, des animaux-jouets alignés dans une chambre d’enfant, une abeille qui cherche à s’échapper, etc.). L’histoire d’amour entre Keira Knightley et James McAvoy n’est plus qu’une toile de fond. La petite espionne du début devient le sujet. Á défaut de François Ozon qui en avait fait une peste antipathique au possible dans Angel, Romola Garai brille entre les mains de Joe Wright sous les traits de Briony à 18 ans. Relève assurée ensuite par Vanessa Redgrave qui incarne la jeune fille devenue vieille dame et auteur à succès. Loin de moi l’idée de révéler le switch final, sachez néanmoins que l’ampleur romanesque prend tout son sens dans les dernières minutes du film (où apparaît d’ailleurs Anthony Minghella, maître avoué de Joe Wright). On peut enfin se laisser porter par l’ampleur des sentiments ! Juste à temps...