riobravo01Nous sommes en 1959, l’année de tous les changements. Alors qu’en France se met en place le phénomène « Nouvelle vague », de l’autre côté de l’Atlantique les vétérans qui firent la gloire d’Hollywood dix ou vingt ans auparavant continuent à faire ce qu’ils ont toujours fait. Et c’est devant Le Train sifflera trois fois  de Fred Zinnemann qu’Howard Hawks s’est inquiété de l’avenir du western. Un genre qui tend depuis peu vers le drame psychologique. Comment accepter cet état d’esprit ? Un sheriff qui supplie qu’on lui donne de l’aide et n’en reçoit de personne… Rio Bravo est alors présenté comme une antithèse de ce film : A la suite d’une rixe de saloon où un homme est abattu froidement, le sheriff John T. Chance incarcère Joe Burdette. Son frère, le riche Nathan Burdette, cherche à le délivrer à tout prix et place ses hommes dans tous les coins de la ville. Attendant l’arrivée du sheriff fédéral qui transfèrera le prisonnier, Chance doit surveiller ses arrières en permanence. Pour seuls adjoints il dispose d’un alcoolique et d’un vieillard infirme. Et pourtant…

riobravo02Pourtant aux yeux de Hawks, l’homme est ici bien plus respectable : il n’accepte aucune aide bien qu’il en reçoive de tout le monde. Le code d’honneur classique du sheriff ainsi rétabli, le cinéaste peut alors se pencher sur ses thèmes de prédilection. A commencer par l’amitié qui réunit ici quatre hommes dont les rapports de force sont savamment étudiés. Au sommet, Chance (John Wayne), qui malgré les apparences cherche avant tout à protéger ses alliés. Entre eux le ton est à l’euphorie, aucune psychologie ne vient encombrer le propos. En résulte des scènes extrêmement comiques où tout le monde jubile, spectateur compris ! Ce à quoi s’ajoute un autre thème important pour Hawks : la place de la femme. D’où la nécessité d’une intrigue secondaire concernant la relation entre Chance et Feathers, ancienne danseuse et bras-droit d’un tricheur recherché par les autorités. Elle est la dominatrice, celle qui tranche. Si Chance incarne le pouvoir sur toute la durée du film, il relègue malgré lui sa fonction à Feathers dans un final, somme toute, très comique.

riobravo03Enfin, Rio Bravo demeure mémorable en sa qualité de spectacle cinématographique. On en prend plein les yeux, et c’est peu dire. Hawks témoigne ici d’une maîtrise de mise en scène imparable pour les scènes d’action : Dude traquant l’intrus du saloon, le pot de fleur lancé par Feathers qui déclenche une fusillade, ou encore le merveilleux affront final entre les deux clans. Tout est extrêmement soigné et particulièrement efficace. Le film dispose aussi d'un quota de scènes complètement inattendues (mais bienvenues) comme les passages chantés avec Dean Martin et Ricky Nelson. Nous sommes en 1959, le genre s’apprête à passer le relais pour devenir "spaghetti" en Europe. Pour autant, Hawks demeure encore fidèle à ses aspirations et fait de Rio Bravo le dernier grand western classique américain. A voir, bien entendu.