unjouranewyork01Pour son premier essai derrière la caméra, l’ancien danseur Stanley Donen n’hésite pas une seconde à partager son titre avec Gene Kelly, son ami de longue date. Cette brillante première collaboration sur Un jour à New York annonce les réussites à suivre, à savoir Beau fixe sur New York et surtout l’immortel Chantons sous la pluie. L’histoire est celle de Gabey, Chip et Ozzie, trois marins qui font escale à New York pour 24 heures. Leur but : découvrir la ville et se trouver des compagnes pour la soirée. C’est ainsi que Gabey (Gene Kelly) craque pour Ivy Smith, une jeune fille relativement célèbre qu’il croise rapidement dans le métro puis perd dans le tumulte new-yorkais. Les trois amis se séparent et tentent de la retrouver…

unjouranewyork02Les comédies musicales produites au temps de l’âge d’or d’Hollywood sont très nombreuses. La tendance veut pourtant qu’on n’en retienne que trois qui représentent et évincent toutes les autres, à savoir Un Américain à Paris (1951) et Tous en scène (1953) de Minnelli puis surtout Chantons sous la pluie (1953) du duo Donen-Kelly. Ce qu’on oublie ici, c’est que ces trois exemples réduisent le genre à une période précise qui concerne la deuxième génération des grands cinéastes hollywoodiens. Aux oubliettes les pionniers du genre (Lubitsch, Mamoulian, etc.). Fi également des successeurs qui aboutiront pourtant à de beaux succès (West Side Story de Robert Wise, Cabaret de Bob Fosse). Mais si l’on en réduit la comédie musicale à cette période bien précise qui correspond au tout début des années 50 c’est que le genre est à son paroxysme, atteignant la définition parfaite de ce pourquoi il a été créé des années auparavant : le rapt du spectateur vers un monde parallèle idéal et rêveur où l’on chante, danse, et rit mais aussi où l’on oublie les problèmes du quotidien. La guerre froide aura raison du spectateur américain lambda qui préfèrera se ruer sur la comédie musicale plutôt que le drame ou le film de guerre. Un jour à New York date de 1949 et incarne cet élan d’énergie qui habita le genre. Le récit coule, les couleurs flashent, les chorégraphies émerveillent. Il aura suffit d’un seul film pour que Donen et Kelly gagnent leur qualificatif de maîtres en la matière. « Prehistoric man », « Count on me », « A day in New York », autant de numéros comiques, dansés et chantés qui restent en mémoire. La musique de Leonard Bernstein, compositeur trop peu exploité au cinéma, est en parfaite adéquation avec l’intention générale du film. Ce ton totalement novateur propre à Stanley Donen provient de son affection pour la caricature. A noter que la modernité du film émerge aussi des décors : jamais avant Un jour à New York on n’aura autant utilisé les extérieurs urbains pour un film chanté et dansé. De l’autre côté de l’Atlantique, les italiens sortent leurs caméras dans les rues et s’emploient au « néo-réalisme ». En Amérique, on ose aussi sortir la caméra des studios, même si la tache est beaucoup moins polémique et beaucoup plus distractive.

unjouranewyork03Stanley Donen et Gene Kelly s'emploient ainsi à renouveller le genre. Le rythme effréné de la narration participe d’ailleurs à la peinture générale de la ville. New York est sublimée dans ses activités, ville-rêve où tout est possible et où chaque jour amène sa part d’aventure. Les comédiens sont parfaits dans leur rôle, aussi modestes soient-ils à l’image d’un Frank Sinatra ou d’une Ann Miller quelquefois relégués en second plan au profit du héros urbain : Gene Kelly. Mythe de tout un personnage qui se promène de film en film, Gabey est ingénu et sincère, romantique et charmant, gracieux et galant, même lorsqu’il a affaire au pire des laiderons. Bref, dans Un jour à New York tout est dosé au millimètre près, si bien que jamais on ne tombe dans le piège ô combien redouté de toute comédie musicale : la mièvrerie. Une réussite éclatante. Just enjoy !