iletaitunefoisdanslouest01

   

Climax et point d’orgue du genre, Il était une fois dans l’ouest mène le western spaghetti et le western tout court en bout de course. Nous sommes en 1969, le genre est en fin de vie. Les américains l’ont laissé tombé depuis bien longtemps, se pastichant eux-mêmes. Etrangement, ce sont les italiens qui ont repris le flambeau pour l’aider à subsister. Sergio Leone reste certainement le plus connu et le plus doué d’entre eux. Il était une fois dans l’ouest ou l’affrontement de cinq personnages autour d’un point d’eau : Norton, magnat du chemin de fer ; Jill, veuve du propriétaire légitime et ancienne prostituée de la Nouvelle Orléans ; Cheyenne, un hors-la-loi injustement accusé du massacre des McBain ; Franck, véritable meurtrier ayant laissé des preuves sur les lieux ; et enfin l’homme à l’harmonica dont la quête reste secrète…

iletaitunefoisdanslouest02Ne vous fiez pas aux apparences : si l’histoire peut paraître commune, son traitement lui ne l’est pas. Sergio Leone confère à ce qui fut son dernier véritable western une dimension baroque des plus paroxystiques. Il était une fois dans l’ouest a tout d’un opéra. La mise en place du début atteste de la maîtrise du cinéaste à nous intégrer à son univers. Les sensations affluent dès le début, que ce soit lors de l’attente d’Harmonica à la gare ou après le massacre de la famille McBain. Il existe une forme propre à Sergio Leone qui aux yeux de certains semblera surchargée. Là où nous pouvons le qualifier de « baroque », c’est lorsqu’il met en pratique une théorie de montage conforme à son style et qui véhicule de véritables sentiments. Oui, ça marche. Il était une fois dans l’Ouest en appelle à l’admiration, à l’étonnement, aux larmes et au rire. L’esprit baroque réside aussi dans cette multiplicité des sensations.

iletaitunefoisdanslouest03Le réalisateur a tout mis en œuvre pour retranscrire cette impression de spectacle qui fit la gloire des grands westerns américains. Remonter pour mieux détruire. Le cinéaste fera voyager sa caméra de Cinecittà vers la mythique Monument Valley. Le casting n’est composé que de grandes vedettes, de Claudia Cardinale à Henry Fonda en passant par Jason Robards ou Charles Bronson. Tous les ingrédients sont en place pour insuffler à Il était une fois dans l’ouest une grandeur épique. Mais Sergio Leone ne se contente pas de créer un simple hommage : il retourne les personnages et les situations pour leur conférer une dimension cynique. Tout se détériore. Leone lui-même parlait du film en ces termes : « Le rythme devait rappeler le dernier souffle que tout être laisse échapper avant de mourir. Il était une fois dans l’Ouest, du début jusqu’à la fin, est une danse avec la mort. Tous les personnages du film, excepté celui interprété par Claudia (Cardinale), sont conscients qu’ils n’en sortiront pas vivants. » La fatalité s’abat sur les personnages, démystifiants les héros américains plutôt que de les sublimer. Henry Fonda, héritier du western made in John Ford, interprète ici un truand sanguinaire qui n’hésite pas à tuer un gamin de 8 ans. Le monsieur-tout-le-monde perd de sa réputation d’intègre… et au passage l’Amérique se prend une baffe.

Ainsi, Leone conduit mélancoliquement le genre à son crépuscule. L’Ouest s’efface au rythme des sublimes envolées lyriques composées par Ennio Moriconne. Oubliés les grands héros qui firent sa gloire. Le chemin de fer arrive jusqu’au point d’eau, une nouvelle ère se met en place, celle de la civilisation.