A l’heure où la comédie française est en pleine crise d’identité, Pierre Salvadori décide de contourner les obstacles avec son nouveau film. Toutefois, le titre est trompeur : Hors de Prix vaut bel et bien son pesant d’or.

horsdeprix02Des Bronzés 3 aux Aristos en passant par Camping ou Fauteuils d’orchestre, force est de constater que le genre comique participe activement au déclin que connaît notre cinéma en terme de qualité artistique. L’aspect commercial n’arrive pas toujours à combler l’intérêt qualitatif. Tout ça manque de vigueur, de courage et d’audace ! Les salles débordent de films aux scénarios convenus tournés par des réalisateurs en manque d’idée qui chargent leurs personnages de futilités psychologiques bon marché. Nous en arrivons à bailler devant ce qui devrait nous faire rire ! Alors certes, nous n’allons pas dire que Salvadori révolutionne le genre : il se contente juste de le contourner intelligemment. L’histoire est simple : barman modeste dans un grand hôtel, Jean tombe sous le charme d’Irène, une poule de luxe. A première vue, nous sommes très proches du ton qu’avait donné Christian Vincent à son Quatre Etoiles (sorti en mai 2006 avec Isabelle Carré et José Garcia). Mais si paillettes, robes de soirées et bouteilles de champagne sont à nouveau au rendez-vous, le traitement du film est complètement différent. La force de l’oeuvre est de posséder un scénario énergique, construit autour de deux personnages consistants. Alors que Franssou (le personnage de Quatre Etoiles) était un personnage commun qui débarquait dans le monde du luxe, ici nous découvrons Jean et Irène alors qu’ils sont déjà plongés dans cet univers où l’on cultive le goût pour l’illusion. Leur force, c’est d'être entiers : Audrey Tautou ne flanchera pas, elle sera machiavélique le temps qu’il faudra. Leur passé ? Après tout, on en a rien à faire. Ce qui compte c’est ce qu’ils vivent ici, maintenant, devant nos yeux. Nous retrouvons avec Hors de Prix l’énergie qui se dégage des films de l’âge d’or d’Hollywood. Salvadori ne s’en cache pas en avouant lui-même qu’il s’était inspiré du ton des films de Lubitsch. Résultat : on rit beaucoup !

horsdeprix01L’artifice du luxe participe beaucoup à la transposition des Audrey : Tautou devient Hepburn. Et alors que l’amour s’immisce délicatement entre nos deux personnages, l’illusion vient le recouvrir comme le montre explicitement la leçon d’actrice d’Audrey ou « le coup de foudre pour les nuls ». Plus de doute, Irène et Jean ont pigé le système et ils  tirent les ficelles. Gad Elmaleh, en élève finissant par dépasser le maître dans le jeu de la séduction, n’a jamais été aussi convaincant au cinéma. La caméra de Salvadori l’accompagne intelligemment alors qu’il gravit les échelons. Quant à Audrey Tautou, elle est tout simplement sublime dans toutes ces robes « hors de prix » qu’elle affectionne tant, les cheveux parsemés d’ombrelles à cocktail. Alors certes, la morale de Hors de Prix est un peu naïve : dans un monde régi par l’illusion, seul l’amour peut encore surprendre. Mais peu importe… devant cette comédie, il y avait largement de quoi garder les yeux ouverts !