Retour à la fiction pour Pascale Ferran, une cinéaste rare. Son dernier film pour le cinéma date de 1994 (Petits arrangements avec les morts, caméra d’or à Cannes). Après quelques détours par le documentaire et la télévision, elle revient au grand écran avec Lady Chatterley, adaptation de l’œuvre de D. H. Lawrence (Lady Chatterley et l’homme des bois). Rose fraîche au milieu du bouquet flétri qu’est le cinéma français actuel.

ladychatterlay01Oui, il s’agit bien là d’une fleur : Constance est telle un bourgeon qui s’ouvre à l’amour et au bonheur. Pascale Ferran l’accompagne dans son initiation, promenant suavement la caméra autour d’une actrice d’exception (Marina Hands, une révélation) dont le jeu allie subtilement puérilité juvénile et passion ardente. L’ennui presque inconscient mais néanmoins présent qui anime notre lady lorsqu’elle demeure auprès de son mari s’effondrera dans l’oubli alors même qu’elle disparaîtra dans la forêt pour retrouver son amant, le garde-chasse Parkin. La nature est au centre du film et au cœur même des personnages. C’est le sexe qui rythme le propos. Six rapports entre les amants qui donneront l’élan nécessaires au récit. Six rapports complètement différents les uns les autres, ramenant Constance et Parkin à un certain « état de nature ». L’érotisme cinématographique est à son paroxysme. Il fait partie intégrante d’un monde où la redécouverte des sens est primordiale. Le premier acte sexuel est dénué de propreté, de vérité, devenant presque gênant. Pourtant, au fur et à mesure que le film avance, l’alliance de Constance (symbole obsédant du mariage) disparaît de l’écran et les vêtements s’effacent. Le sexe n’est pas sale, le rapport n’est plus dérangeant. Au contraire, tout nous semble parfaitement « naturel ».

ladychatterlay02Pascale Ferran fait preuve d’une précision rare dans la description de la relation amoureuse. On oublie les classes sociales : garde-chasse ou aristocrate, aucun des deux amants ne s’ « abaisse » à l’autre. Les personnages sont en osmose avec l’espace naturel qui les entoure : après l’amour nus sous la pluie, c’est la flore qui vient rhabiller les amants. Une lumière subtile, toujours en osmose avec la nature, les enveloppera jusqu’à la fin. Notre lady est épanouie, ses perspectives s’ouvrent : elle porte un regard différent sur la société (et la classe ouvrière en particulier). Le propos est subtil, intensément poétique, presque figé dans l’éternité, nous laissant espérer que la rose ne fanera jamais.