Ça fait des années que mes amis me mettent la pression autour du roman de Patrick Süskind : « mais lis Le Parfum, il est trop bien, il est trop bien,… ». Bande-annonce du film aidant, je me suis dit « autant le lire avant de voir le film ». En conséquence, la sortie du Parfum au cinéma coïncidant avec ma lecture du mot « fin » du roman, j’ai été forcé d’établir une comparaison directe film-livre.

leparfum01On se dit : « comme d’hab, le livre va être mieux que le film » et Le Parfum n’échappe pas à la règle. D’autant plus qu’il fallait oser se lancer dans cette adaptation : un livre où les dialogues sont très rares, où la focalisation vacille entre interne et omniscient et où la vue a moins d’importance que l’odorat – même Kubrick qui avait eu l’idée de l’adapter a eu le sentiment qu’il s’y serait cassé le nez. C’est pour vous dire si Tykwer fonçait droit dans le mur. Le Parfum est un roman qui ne peut pas faire un bon film. A la question : « Comment montrer son odorat surdéveloppé ? », le réalisateur répond : « filmons les profondeurs de ses narines » (un peu faible n’est-il pas ?). Et à celle fichtrement plus tordue « comment montrer les desseins d’un personnage qui ne parle pas ? », la solution s’impose : Ce cher bon vieux narrateur (ennuyeux à souhait) va tout nous expliquer ! Vous l’aurez compris, les obstacles ne manquent pas dans cette adaptation. Si l’on s’en tenait à ces difficultés, le film resterait potable mais Tykwer va plus loin et arrive à complètement dénaturer l’œuvre de Süskind avec une seule scène : celle où Jean-Baptiste Grenouille verse une larme. Dans le roman, Grenouille est métaphysique, au-dessus de tout sentiment, incapable de ressentir l’amour, la tristesse, la haine. Le personnage en devenait fascinant. Mais bon, ce qui fait l’essence du roman, Tykwer n’en a apparemment qu’à faire et nous balaye tout ça en l’espace d’une seconde.

leparfum02La tension qui anime le roman est absente du film, certainement pas aidée par la musique (très lassante). Seul bon point : le travail de la lumière, qui arrive à faire oublier par moments une mise en scène assez instable. Côté acteurs, ça tient la route (Rickman ou Hoffman sont à la page), mais la vraie surprise c’est le jeune Ben Whishaw qui livre une prestation des plus remarquables. Le film semblera certainement meilleur aux gens qui n’ont pas lu le roman, néanmoins à choisir : dévorez le livre.