iletaitunefois01Autrefois la question ne se posait pas. S’il y avait un film à voir en période de Noël c’était bien évidemment le dernier Disney. Mais voila dix ans que le château de l’oncle Walt perd peu à peu de son éclat, écrasé par une infâme (mais souvent meilleure) concurrence. Oui, Dreamworks, La Fox, Sony : ils sont tous sur le coup. Et qui sait si Disney tiendrait encore aussi bien debout si Pixar n’était pas venu prendre le relais. Depuis la déferlante Shrek, les classiques semblent avoir été dépassés. Un simple coup de baguette pour que « le sentimentalisme » se transforme en « mièvrerie ». Tragique n’est-il-pas ? Pour l’heure, trêve de pathétisme : avec Il était une fois, il semblerait qu’un bilan ait été tiré. L’histoire est celle de Giselle, une belle princesse qui, comme toutes ses semblables, finit par rencontrer son prince charmant. Mais le jour même de son mariage, sa méchante belle-mère la reine lui jette un sort et l’expulse dans le monde des vivants. Finie la magie du dessin animé, place à la vie réelle et à ses problèmes.

iletaitunefois02La trame peut paraître dangereuse, surtout lorsqu’on la sait entre les mains d’un réalisateur « made in Disney », en l’occurrence Kevin Lima. Et ça ne trompe pas : dès les premières minutes les dents grincent et l’on pense «mais qu’est ce que j’ai été bête de m’embarquer là dedans ! C’est mièvre, c’est mièvre, c’est mièvre ! ». Pourtant… étonnement… cette violente crise interne ne dure qu’un temps. Oui, on se laisse prendre au jeu ! Pourquoi ? Certainement parce qu’on perçoit très vite une conscience sous la naïveté apparente : celle des producteurs. Conscients de s’être laissés dépassés, conscients que Shrek 3 passe encore dans la salle d’à côté, conscients qu’il est temps de dépoussiérer les conventions et de pimenter la recette du succès. Oui, Il était une fois est ce coup de pied au derrière dont les dirigeants Disney avaient bien besoin. L’humour est réactualisé tout en restant fidèle au ton qui fit la gloire du studio, et ce, sans tomber dans le « shrekien » (autant dire qu’il s’agit d’un tour de force). Pari réussi : les rires fusent à gorge déployée devant des situations complètement rocambolesques. Et quand bien même on pourrait regretter d’avoir payé pour voir ce film, je mets quiconque au défit de qualifier de « ratée » la séquence du grand ménage que Giselle orchestre dans l’appartement de Robert Philip. Si ce n’est sur le plan de la qualité du trait ou de la richesse du scénario, Disney a néanmoins passé le cap de la modernité en ce qui concerne son ton. On ne peut que l’en féliciter.

iletaitunefois03D’autant que la mise en scène de Kevin Lima n’est pas si catastrophique. Le début annonce la couleur : le château qui ouvre le générique est partie intégrante du film. Mickey tourne la page et nous plonge dans les archives de son studio. Pour donner naissance à sa propre modernité, rien de tel que de faire un film-hommage. Répondant à Shrek, qui a sérieusement amoché son image, Disney revendique son « gentil cucuisme » qui a su traverser les générations avec brio. Tout est ressorti du placard : on s’exprime en chantant, on reprend la 2D, on mélange film et dessin animé (Mary Poppins), on dépoussière la princesse des années 50 (La Belle au bois dormant), on impose une scène de bal (Cendrillon), on chorégraphie façon « comédie musicale » (la fameuse séquence dans le jardin public) et l’on va même jusqu’à ressusciter des scènes cultes (le ménage de Blanche-Neige en version « rats & cafards »). Le titre est tout à fait révélateur : les studios Disney revendiquent l’éclat originel de leur monde féérique. En respect au credo intemporel du vieux Walt, le film aura droit à son « happy end » (certes extrêmement cucu quoique presque inattendu) mais aussi à sa leçon de morale tout à fait emblématique comme quoi le fameux « ils vécurent heureux pour la fin des temps » peut aussi s’appliquer au monde réel. On y croirait presque ! Il était une fois ne ment pas et offre sa part de rêve, en partie grâce aux acteurs tels qu’Amy Adams (très crédible) et Susan Sarandon (qui a dû bien s’éclater au tournage). Finalement certaines traditions ne sont pas dénuées de sens : s’il est un film à voir avec ses enfants ce Noël, c’est encore le dernier Disney !