unevieillemaitresse01Première compétition officielle à Cannes pour Catherine Breillat qui, finalement, repartira les mains vides. Une vieille maîtresse est-il trop traditionnel, trop commun ou trop dépassé ? Certainement pas. La cinéaste développe ici un discours propre à son cinéma, s'interrogeant sur l'amour passionnel et les rapports de soumission qu'entretiennent l'homme et la femme au sein d'un couple.

Intelligemment, Une vieille maîtresse ne se contente pas d'illustrer les méfaits du libertinage à la fin du 18e siècle. Catherine Breillat, malgré que son film soit adapté de l'oeuvre du même nom de Barbey d'Aurevilly, cherche à ôter toute part romanesque à son histoire. Une vieille maîtresse n'est certes pas réaliste mais entretient une aura légèrement documentaire. Cette impression est présente dès le début, lorsque qu'un bref insert vient nous annoncer que nous sommes "à l'époque de Choderlos de Laclos". La stratégie est telle qu'on préfère citer le nom de l'auteur des Liaisons Dangereuses plutôt que de supposer une comparaison qui hanterait le spectateur pendant tout le film. Mais non, Breillat ne fait pas comme Laclos. Son but à elle n'est pas de tirer les ficelles de personnages pantins pour les détruire. Bien au contraire, elle aurait plus à coeur de les sauver.

Néanmoins, la fatalité aura le dernier mot. Chez Breillat, le message féministe est clair : la femme est dévouée à l'homme mais l'homme ne fait qu'utiliser la femme. L'accusation choque en étant proférée telle une bénédiction lors du mariage entre Ryno de Marigny et Hermangarde ; d'autant plus qu'elle est faite à la charnière même de la narration : après le récit du passé de Marigny et avant les escapades provinciales des deux jeunes mariés. La réalisatrice prend son plus gros pinceau et dessine sur sa pellicule le schéma du paradis sur terre. Tout en haut, la pure Hermangarde. Tout en bas, la diablesse de service, Vellini. Et au milieu, le sieur de Mariny : personnage ambivalent, cela va sans dire. Le physique particulier de Fu'ad Aït Aatou apporte beaucoup à son personnage : une figure d'ange mais un esprit de Valmont. Un héros idéalement illustratif des théories chères à la cinéaste. C'est un homme empoisonné, jadis nourri par les bonnes vertus de l'église puis souillé par son époque et devenu adepte du libertinage. Malgré les apparences, il ne se préoccupe guère d'autrui. Lors des révélations sur son passé à la marquise de Flers (Claude Sarraute, véritable révélation) il expose les premisces du personnage romantique que viendra développer le 19e siècle. Mais la seconde partie atteste que Mariny est bien un homme tout droit sorti du 18e siècle : fieffé gredin qui voir les femmes se donner à lui sans que lui ne donne rien en retour, c'est un libertin. Un libertin qui n'entre pas exactement dans la définition de Laclos, certes, mais un libertin quand même.

unevieillemaitresse02L'amour émane différement des deux personnages féminins. Hermangarde en est l'incarnation traditionnelle, preque médiévale. En revanche, Vellini lui confère des valeurs beaucoup plus modernes. Venue fraîchement d'Espagne, elle est l'illustration même de l'exotisme, le mystère venu d'ailleurs, la femme fatale par excellence. Le choix d'Asia Argento appuie sur l'intention qu'avait la réalisatrice de conférer une valeur antipathique au personnage : sa moue et son langage difficilement compréhensible contrastent avec l'apparence lisse de l'atmosphère générale. A sa première apparition, on comprend qu'elle est l'élément perturbateur idéal. Sous ses allures de diable, elle tente de vivre l'amour le plus naturellement possible. Ses instincts sont ceux d'une femme cherchant l'épanouissement. Libre comme l'air, elle quitte son mari tout simplement parce qu'elle en aime un autre, puis suit Mariny en province tout simplement parce qu'elle l'aime encore. Vellini est un personnage vrai qui révèle sans pudeur ses instincts animaux (notamment par son rapport au sang humain). On peut s'étonner de voir qu'elle ait le dernier mot. Pour autant, si le diable a gagné, est ce pour générer le message d'une société qui court à sa perte ? Breillat serait t-elle moins pessimiste qu'il n'y paraît ? A vous de voir.