boulevarddelamort01Le cinéma de Tarantino. Un monde jusqu’alors en devenir qui de Pulp Fiction en Kill Bill(s) laissait entrevoir des étincelles. Nouveautés dans les procédés narratifs, le traitement de l’action, le discours sur la violence,… difficile de l’ignorer. Mais tout l’art du cinéaste était en germe. Aujourd’hui avec Boulevard de la mort, l’étincelle s’est métamorphosée en véritable feu de joie ! Oui, c’est la fête autour du dernier Tarantino. Enfin la preuve ultime qui atteste de la qualité du cinéaste et qui rentabilise au passage toute sa filmographie passée.

Boulevard de la mort est construit en miroir : deux épisodes de fiction qui rappellent la structure des films bis des années 70 (dont la référence, cela va sans dire, est revendiquée par Tarantino). La première met en place la seconde : au fin fond de l’Amérique profonde, un groupe de filles prend la route pour passer le week-end au bord d’un lac. Mais avant, petite halte dans un bar dans le but de boire et de flirter « avec modération » (bien entendu). Au comptoir, un type louche, potentiellement ridicule alors paré d’un blouson complètement démodé : le danger rode et on ne le soupçonne presque pas. Stuntman Mike (Kurt Russell) est pourtant l’élément clé de l’histoire : un fou furieux qui prend le volant de sa voiture « à l’épreuve de la mort » pour le simple plaisir de provoquer des accidents meurtriers. Après la mélancolie pessimiste qui règne sur la première partie, changement de décor. Tout se renverse, on passe de la nuit au jour. En apparence, tout semble repartir à zéro : quatre filles dans une voiture et Kurt Russell qui les épie au loin. Et pourtant…

boulevarddelamort02Pourtant la deuxième partie est loin d’être mélancolique. C’est ici que l’explosion se produit et qu’on finit « grave par kiffer sa race » (traduction : « que notre exaltation atteint là son paroxysme » - mais ça sonne moins bien). Si le film était une partition, il se définirait ainsi : 1er mouvement, 2e mouvement, leitmotiv (Kurt Russell) et crescendo constant. Loin de moi l’idée de tenter une approche théorique du film en suggérant les quelconques idéaux féministes du réalisateur. Pourquoi ? Tout simplement parce que pour Tarantino, c’est la forme qui compte avant tout. Les multiples références aux films d’exploitation des années 70 (écran rayé, son parasité, apparition soudaine du noir et blanc, plans injustement inaboutis,…) apportent un ton bien particulier, caractéristiques d’une époque bien définie. La perte temporelle qu’elles provoquent donne à Boulevard de la mort la relative absurdité propre aux séries Z d’autrefois. Une absurdité qui s’acoquine parfaitement à l’humour du réalisateur. Les filles (particulièrement celles de la deuxième partie) sont de vraies garces… et étrangement, c’est pour ça qu’on s’y attache si facilement. Ce merveilleux plan séquence autour de la table lorsqu’elles sont au restaurant atteste de notre affinité avec elles : on ne décroche jamais. L’amour que porte le cinéaste à ses actrices est évident : magnifiées à tout prix, qu’elles jurent à tort où à travers, baignent dans le sang ou exécutent une danse des plus érotiques. Malgré tout, elles participent d’une dévotion à la forme, sacrifiées tant bien que mal au profit d’une scène de carambolage extrême où les corps se trouvent déchiquetés et les visages mutilés.

boulevarddelamort03Finalement, conformément à ses engagements sur son « hommage » au cinéma d’exploitation, Tarantino fait triompher le rire. Oui, on s’amuse énormément dans Boulevard de la mort. L’état orgasmique du spectateur en devient si intense au final qu’il ne peut le transférer que par le rire, voire le fou rire, jusqu’aux larmes. On se sent bien dans ce cinéma. Et pour cause, Tarantino participe d’un cinéma de l’aisance : si les acteurs s’y épanouissent, les cinéphiles s’en régalent aussi. Quel bonheur !