lafillecoupeeendeux01Y a-t-il œil plus vicieux que celui du Chabrol ? Ah l’animal ! Fier monsieur sadique qui transforme les brèves de société en œuvres cinématographiques. Plus d’une fois il nous aura fasciné tant son regard de cinéaste est particulier. Les caractères ! Voila ce qui le fascine… Dans La Fille coupée en deux, bien que le mot ne se trouve que rarement prononcé, l’arbitre c’est « le sexe ». L’amour ? Mais quel amour ? Certains osent encore y croire, c’est vrai… mais l’amour n’est plus rien face à la luxure, péché capital qui obsède les hommes et les rongent. Gabrielle s’y sera trompée. Jeune présentatrice météo à la télé locale, elle porte un amour sincère à Charles Saint-Denis, fameux écrivain qui se révèlera être un pervers de premier ordre. A croire que la jeune fille ne connaît pas ses classiques…

lafillecoupeeendeux02En croquant la pomme du vice, notre Blanche-Neige contemporaine clôt le chapitre « Bonheur » du roman de sa vie. La jeune Gabrielle se promène dans les limbes de l’âme, prisonnière d’une maladie nommée « dépression ». L’homme est vicieux, l’homme est cruel, l’homme est minable. L’idée de l’exploiter est loin d’être nouvelle et l’on ne doute pas que notre ami Chabrol le sache déjà. Des amours passionnels, nous en avons lu et vu plus d’un, au théâtre, au cinéma ou dans les livres. Ici, l’histoire semble se répéter. La volonté du cinéaste de développer le drame à Lyon semble vouloir rappeler son statut de « maître ès fait divers » : le vice et le crime sont partout, même en province ! Mais qui dit fait divers dit réalité. Pourtant le film de Chabrol n’a rien de réel. Son intrigue ressemble bel et bien à celle d’un conte : celui de la désillusion de l’homme et de la perversion qui l’habite.

lafillecoupeeendeux03Les pièces du puzzle de Chabrol ont les arêtes rouillées. Les morceaux s’emboîtent les uns dans les autres sans chercher une fluidité quelconque. La fatalité ne semble plus avoir le même sens pour le Chabrol d’aujourd’hui que pour le Chabrol des années 60-70. Le Boucher ou Les Bonnes femmes voyaient le destin de leurs personnages s’effondrer malgré eux, proies d’une société malade où l’assassin est à la fois victime et coupable. Dans La Fille coupée en deux, bien sur, la société est toujours aussi malade, mais l'auteur ne prend plus le soin de dissimuler la tare. La maladie attaque même la construction du film. Oui, cette Fille est atteinte d’une immonde gangrène, d’où l’obsession permanente du cinéaste à vouloir l’amputer. Chabrol tranche en permanence, son montage très haché en témoigne. Il veut stopper la maladie qui ronge Gabrielle. Mais non, elle continue à se propager. Cette fille n’est plus coupée en deux mais en mille. Victime de l’amour, victime du succès, victime du vice, victime des conventions, victime de la bourgeoisie, victime de l’argent,… la liste est longue. Chabrol chausse une fois de plus son costume de caméléon pour se fondre dans les méandres de la société. Eternel contemplateur, il ne peut rien faire d’autre que bouger son œil ; cet œil tapi dans l’ombre qui reproduit sur l’écran la fatalité sociale. La Fille coupée en deux n’est plus qu’une anecdote, une histoire qui se répète, un mythe inépuisable : l’homme face aux autres.