unsecret01Une histoire d’amour sur fond de guerre. Autant dire que le sujet du dernier film de Claude Miller est peu novateur. Néanmoins, le box-office a toujours aimé prendre sous son aile ce genre de trame. Est-ce un signe ? Le talentueux réalisateur français chercherait-il à s’octroyer  les faveurs du spectateur français moyen ? La présence de nombre d’éléments dans Un secret serait apte à confirmer nos craintes. Alors, Monsieur Claude Miller, seriez-vous tombé dans le piège du conformisme ?

unsecret02Un ton et un sujet romanesque, un couple charmant, un casting bien contemporain, des décors et costumes qui font dans la dentelle, une peinture descriptive à souhait des traditions, le tout bercé par la voix de Charles Trenet… et voici le « bon vieux temps » retrouvé ! « Une photo, vieille photo de ma jeunesse… » chantonnait le vieux Charles. Et… si tout n’était qu’illusion ? François, le jeune homme qui nous fait entrer dans le film, est loin d’être nostalgique. Chez Miller, le corps parle : l’apparence chétive du jeune garçon et le regard que portent les autres sur lui sonnent l’alarme du malaise et de la douleur. Et pour cause… l’ambiance doucereuse qui entoure le jeune François est jonchée de parasites qui témoigne des blessures d’un passé refoulé. L’histoire chevauche l’Histoire. Tout n’a pas toujours été comme notre grand garçon l’imaginait : entre ses parents Tania et Maxime se dressent les fantômes obsédants d’Hannah et Simon, deux âmes sacrifiées par l’ombre d’Hitler qui régnait sur l’Europe.

unsecret03Force est de constater que le film est bien estampillé "Claude Miller". François est un personnage typique de l’obsession qui parcourt l’œuvre du réalisateur : la quête identitaire. L’oubli et la culpabilité habitent les personnages, sérieusement amochés par l’Histoire malgré les apparences. Le cinéaste se fait conteur : de la voix off à l’affiche en passant par l’image de ce couple idéal formé par Bruel et Cécile De France, difficile d’ignorer le ton typiquement « romanesque » d’Un secret. Revendiqué comme tel, Miller prend pourtant soin de ne tomber dans aucun piège du genre. Loin de flancher dans le sentimentalisme, il utilise les images de la Shoah avec intelligence, transitant d’époque en époque avec le souci de la fluidité. Le tout prend forme, le spectateur ne lâche pas prise (comme il aurait pu plus facilement le faire avec La Petite Lili, 2003). Le récit est ainsi audacieusement construit, le réalisateur attendant de planter solidement le décor pour ne révéler le secret qu’au milieu du film. Il cherche à conférer une « vérité » à ses personnages, quitte à les connecter au présent (par le biais du noir et blanc), matière directe à les intégrer à « la réalité », notre réalité. La guerre est la toile de fond du film, mais c’est l’histoire d’amour qui est en avant-plan. En cela, Hannah ne se rendait pas compte du sacrifice qu’elle faisait lorsqu’elle se trouvait sur cette fameuse terrasse de café. Miller cherche à être juste. Les sentiments ne cherchent pas à évincer l’Histoire : ils sont bel et bien là, et il faut faire avec. On pourrait reprocher à Un secret d’être peu audacieux car trop respectueux. C’est pourtant ce qui en fait un beau film. Le cinéaste sait faire la part des choses : loin d’être boursouflé de sentiments mielleux, c’est avant tout la douleur qui justifie cette œuvre. Une jolie réussite.