myblueberrynights01Wong Kar-Wai est d’humeur vagabonde. Son dernier film lui permet de traverser le pacifique pour rendre visite à l’oncle Sam. Ce dernier n’a pas hésité longtemps avant d’ouvrir au cinéaste les portes de sa cuisine. Inévitablement, l’utilisation d’ingrédients typiquement américains fait son petit effet dans l’histoire de la gastronomie « Wongkarwaienne ». Les saveurs épicées dont étaient imbibés ses précédents films se dissolvent dans un nuage épais de sucre. Mais les thèmes sont toujours là. Et le premier devant tous les autres, c’est l’amour, encore et toujours, tout simplement. Dans My Blueberry Nights, il est personnifié en Elizabeth, jeune américaine essuyant douloureusement une rupture.

myblueberrynights02Bien qu’américain, il saute aux yeux que le film est empreint d’une langueur venue d’ailleurs. My Blueberry Nights aurait certainement fait une belle chanson, avec son refrain, ses couplets et son pont que constituerait le fameux baiser goût myrtille. Le choix d’une chanteuse comme personnage principal ne fait que renforcer cette impression. Dans un premier temps elle est appréciable en ce sens où la douce voix de Norah Jones se fond à merveille dans l’univers du cinéaste hongkongais. La lumière des néons et les choix de découpage (sautes dans l’axe, ellipses visuelles, points de vue externes, etc.) lui permettent de lover son actrice au creux du doux nuage légèrement irréaliste qu’il promène de film en film. Oh que non, le ton et la forme de My Blueberry Nights ne trompent personne : Wong Kar-Wai est bel et bien aux commandes ! Toutefois le hongkongais est de ces cinéastes qui conçoivent leurs films, non comme des entités, mais comme des fractions extraites d’un tout. La reprise du thème d’In the mood for love se charge de nous le rappeler. Oui, nous sommes encore « in the same mood for love » bien que les personnages aient été rapatriés de l’autre côté de l’océan. Nous pourrions facilement nous lasser de ce ton et de ces thèmes qui, avouons-le, sont loins d’être novateurs. Mais c’est là que le choix des Etats-Unis comme lieu de tournage trouve son intérêt. Le réalisateur sacrifie le charme que l’orient conférait à ses films pour parcourir d’autres comptés qui pourraient donner à ses sujets plus de consistance. Inévitablement, la magie n’opère pas de la même manière. Aux States, il faut croire que la vie est belle : Wong Kar-Wai nous impose enfin un « happy end ». Ça au moins, ça fait du bien !

myblueberrynights03Néanmoins, tout n’est pas si rose. Car si My Blueberry Nights est mélodique, il n’est pas pour autant harmonieux. Une mélodie n’est pas suffisante pour un film, elle doit être étoffée. Or, My Blueberry Nights n’est ni assez ornementé, ni assez égalé pour être qualifié de « film harmonieux ». Evidemment, le thème du « road-movie » implique des risques. En un sens, ce choix entre dans la perspective de faire un film à la structure musicale, appuyant ainsi l’effet dont nous parlions plus haut de « couplets et refrains ». Néanmoins, Wong Kar-Wai tombe dans le piège de l’inégalité et bascule sévèrement de séquences envoûtantes en passages ennuyeux. Le voyage d’Elizabeth manque de sens, si bien que l’on en vient trop souvent à penser : « mais pourquoi ? ». Le sentimentalisme est partie intégrante du style de Wong Kar-Wai. Malheureusement, transposé à New York, l’effet n’est plus le même et perd de son intérêt. Sommes-nous dans une simple bluette où l’on s’amuse à faire apparaître une star hollywoodienne à chaque coin de rue ? Il en est de même pour l’interprétation, car si Norah Jones est une fabuleuse chanteuse, elle n’est pas pour autant une comédienne confirmée. On perd l’attention sur elle au profit d’autres personnages fatalement plus accrocheurs. Oui, Rachel Weisz, Natalie Portman et Jude Law sont merveilleux ! Mais tout cela n’est pas suffisant : on sort de My Blueberry Nights frustrés car affamés. La tarte est moelleuse mais trop peu consistante. Une autre... but with more blueberries please !