fautquecadanse01Attention les yeux ! En poussant les portes battantes de votre salle de cinéma vous pensiez assister à une comédie dansante (ce que suggère le titre : Faut que ça danse !)… et pourtant vous êtes loin du compte. Noémie Lvovsky nous invite à suivre Salomon Bellinsky dans sa retraite. « Âgé », « vieux », « fini » : voila ce que pense son entourage de lui. Pourtant il n’en est rien, Bellinsky poursuit son train de vie et se trouve bien décidé à se trouver une compagne via les petites annonces du journal.

La comédie est un genre très délicat, quelle que soit sa nationalité. Difficile d’éviter les pièges du conformisme qui font de votre film un navet. Noémie Lvovsky est de ces auteurs qui cherchent à donner à la comédie de nouvelles lettres de noblesse. La prise de risque de cette entreprise moderne est tout à fait honorable et Faut que ça danse ! la représente avec grâce. Le style oscille entre réalisme et antiréalisme quand le genre hésite lui aussi entre comédie et drame. Le scénario traite de sujets relativement graves qui touchent la société contemporaine (la difficulté d’intégration des personnes âgées, l’Alzheimer, la Shoah qui hante encore le contemporain, etc. ). Pourtant, en marge de cela, nombre de situations et personnages excentriques se succèdent pour canaliser l’aspect dramatique du propos (Salomon s’endormant dans un tank au musée, Salomon harcelé par un médecin psychopathe le mettant en garde contre les dangers du sexe, etc.). C’est ainsi que la comédie finit toujours par prendre le dessus. Effet quelque peu surprenant car le sujet principal de Lvovsky n’est autre que la mort.

fautquecadanse02Le titre le suggérait. Or il est bien question de danse, mais de danse macabre. Autour du personnage central qu’est Salomon s’agite une flopée de personnages délurés qui ont pour seul but de suggérer (voire d’inviter à) l’issue fatale. A commencer par son ex-femme dont la perte de mémoire (Alzheimer) renvoie à la futilité de la vie. Il y a ensuite l’homme qui veille sur elle, incarné par Bakary Sangare, qui représente les doutes et l’instabilité de la religion (hindouisme et christianisme se mêlent lors des prières). Puis arrive l’être aimé, Sabine Azéma (sublime), incarnant tout d’abord l’Histoire (par sa profession) pour tomber ensuite dans les griffes du suicide (la mise en scène dans la baignoire). Il y a enfin la fille (Valeria Bruni-Tedeschi) personnification magistrale du déchirement entre deuil et descendance. Le sang coulant de la gorge d’Hitler qu’on tranche dans ses rêves fait directement écho à son accouchement douloureux dans la bibliothèque d’un asile de fous. Le deuil de son passé juif ne pourra se faire qu’à la fin du film, lors de la visite au mémorial en compagnie de son père.

fautquecadanse03Tout élément scénaristique invite à penser que Salomon finira par succomber à tous ces présages funestes. C’est sans compter sur la réalisatrice qui veille tendrement sur le destin de son personnage. La forme du film accompagne la philosophie de Salomon : « faut que ça danse », il la révèle lui-même lors d’un passage éclair sur France 3. Ainsi, Lvovsky fait de l’ellipse son empreinte formelle. Les mois passent sans que l’on s’en rende compte et la vie de notre héros semble bel et bien s’être arrêtée (à l’image de ces personnages de films qu’il regarde à la télé ou au ciné, Fred Astaire en tête). Lvovsky aime le cinéma, ne le cache pas, et lui rend hommage. Réunissant des comédiens français de toutes générations et de tous horizons (Ogier-Marielle / Azéma / Tedeschi-Elmaleh), elle en fait une famille immortelle. Comme au cinéma, l’amour est la solution. Mine de rien nous sommes au cinéma et Faut que ça danse ! est aussi une très belle histoire d’amour.