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Resnais reste inclassable. Choisir le long-métrage introductif pour sa rétrospective intégrale à Beaubourg (enfin une rétrospective !) n’a pas du être une affaire évidente. On attribua finalement cet honneur à Mélo, un film réunissant les fidèles qui entourèrent le maître lors des trois dernières décennies. Soit entre autres les indémodables Sabine Azéma, Pierre Arditi et André Dussollier mais aussi le décorateur Jacques Saulnier, la scripte Sylvette Baudrot et tant d’autres. Resnais a toujours insisté sur l’aspect collectif de la création de ses films. Le chef opérateur, le compositeur ou le réalisateur apportent chacun à leur manière une pointe de création et tout changement dans la distribution aboutirait à un résultat différent. La réussite d’une œuvre est ainsi due à toute une équipe et non pas seulement à la sacre sainte personne qu’est le réalisateur. Pourtant, tout en acceptant le point de vue du cinéaste et malgré les présences d’Arditi, de Baudrot, de Saulnier ou de Philippe-Gérard (le compositeur), quelqu’un manquait en ce mercredi 16 janvier : celui que tout le monde était venu aduler, à savoir le principal intéressé, l’immortel Alain Resnais.

Pour un soir nous n’étions presque plus au cinéma, mais au théâtre. Et pour cause, Mélo est adapté d’une pièce d’Henry Bernstein. Le titre ne ment pas, il s’agit d’un mélodrame : l’histoire simple mais tragique de Romaine, une jeune femme qui tombe éperdument amoureuse de Marcel, l’ami de jeunesse de son époux Pierre. Resnais a voulu rester très fidèle à la pièce d’origine. Les trois coups retentissent, le rideau se lève, l’acte I peut commencer. Pour autant, Resnais ne fait pas du théâtre filmé. Il dose et mesure les effets. Un plan séquence sur un monologue de dix minutes prend alors une valeur toute particulière. Dans son mélo les personnages sont extrêmement creusés, chacun déversant avec générosité son flot de complexité. Les sentiments sont violemment exposés à même l’image et ce malgré l’étrange immobilité du cadre. Ce sont aux acteurs de nous entraîner dans l’histoire, quitte à exagérer les traits de leur personnage (et Sabine Azéma s’en donne à cœur joie). Finalement, tout se joue presque à quitte ou double.

melo01Alors oui, Mélo est un film intéressant. Mais avouons-le, il n'est ni le plus créatif, ni le plus animé des films d’Alain Resnais. Ce qui prime ici c’est la chimie, l’art du dosage. Beaubourg a voulu ouvrir la rétrospective sous le signe du partage : la mise en scène, les décors, la musique, les acteurs ou l’éclairage participent d’une harmonie. Certes, un tel choix montre que Resnais est modeste voire généreux. Mais là n’est pas l’intérêt premier de toute son œuvre ! Marienbad, Hiroshima, Smoking, Cœurs : autant d’exemples de révolution formelle. A la différence d’autres films du cinéaste, Mélo tend presque à effacer le rôle du metteur en scène au profit d’autres métiers du cinéma. Certes, c’est honorable. Mais quand même, le soir d’une ouverture de rétrospective, ça laisse un goût amer.