juno01Reitman récidive. Son deuxième film se place à nouveau sous la fière bannière des indépendants américains pour aborder le thème de la maternité. Le premier rapport sexuel de Juno, 16 ans, adolescente écervelée, se voit donc soldé d'une grossesse accidentelle. Se refusant à avorter, elle préfèrera confier le nouveau-né à de bons parents adoptifs. Portrait d’une ado brulant les étapes de la maturité.

Tout le foin fait autour de Juno a de quoi sérieusement mettre en rogne. Loin de moi l’idée d’insinuer que ce film est mauvais car ce n’est pas le cas (il est tout à fait honorable en de nombreux points). Mais de là afficher Jason Reitman aux côtés des frères Coen ou de Paul Thomas Anderson aux Oscars, on en vient à penser que les lauriers ont vraiment été distribués dans la précipitation. Juno doit sa réussite a un scénario modeste et efficace, des dialogues justes et un personnage principal très joliment construit. juno02Aussi majeures soit-elles, une fois ces caractéristiques mises en place il ne reste plus rien. La mise en scène extrêmement banale de Reitman est loin de contribuer à une quelconque « supériorité » du cinéma indépendant. Si Thank you for smoking n’arrivait pas à convaincre, Juno passe l’étape sans pour autant assurer son passage à la postérité. Dommage tant Ellen Page est séduisante dans son costume de maman avant l’heure. Mais avouons-le, tout s'effondrerait sans le scénario à tiroirs de Diablo Cody qui joue en permanence avec les apparences. Juno atteint son cota de revirements de situations, mineurs ou majeurs, qu’il s’agisse de l’apriori initial sur la belle-mère ou la stabilité du couple d’adoption. Le tout demeure extrêmement fluide (malgré la platitude de la mise en scène) et arrive à tenir en haleine le spectateur. Au final, et contre toute attente, le film ne manque pas de charme. L’évolution du personnage de Juno y joue pour beaucoup, à la fois belle et rebelle avec ce ventre rond qui lui pèse tant.

Si le film est imparfait, on lui reconnaît néanmoins la qualité d’être sincère. Reitman s’est focalisé sur son sujet général, la grossesse, sans prendre le risque d'épaissir la solidité de son propos. Non pas que le réalisateur manque d'ambition, nous dirons plutôt qu'il se complait dans la simplicité. Bref n'allons pas plus loin, Juno n’a tout simplement pas la carrure d’un film à Oscars. Quitte à mettre en avant l’indépendantisme américain, on regrette que le choix ne se soit pas porté sur le très beau Into the Wild de Sean Penn. Juno reste un film agréable, idéal à visionner installé sur un bon canapé lors d’un après-midi pluvieux. Sans plus.