thelmaetlouise01Thelma et Louise a plus de 17 ans mais reste inégalable dans son genre. Jamais un film n’aura su aussi bien conjuguer verve féministe et succès public. Tant et si bien qu’aujourd’hui, au revisionnage, l’histoire tend vers une portée franchement mythique. Preuve est faite une fois de plus que Ridley Scott est un metteur en scène d’excellence. Si ses films ont du mal à être reliés entre eux (ce qui par ailleurs met souvent en cause son statut d’ « auteur »), chaque entité vaut le coup d’œil. Ce film-ci fait figure d’exemple type. Thelma et Louise sont deux amies qui s’offrent un break dans leur vie monotone le temps d’un week-end dans les confins de l’Arkansas. Lors d’une halte dans un saloon, un loubard drague Thelma qui, dans un premier temps, entre dans son jeu. Mais les choses dégénèrent très vite et l’homme en question tente de la violer. Louise arrive à temps et arrive à écarter son amie de tout danger au prix d’une balle tirée en plein cœur. Désormais hors-la-loi, les deux femmes prennent la fuite.

Si Thelma et Louise captive autant, c’est qu’il dispose avant tout d’un scénario extrêmement intelligent. Jouant d’un effet boule de neige très efficace, sa forme est déterminante quant au développement du thème principal, à savoir l’épanouissement de la femme. Ainsi, Thelma comme Louise sont assez stéréotypées au début du film. Mais petit à petit, le réalisateur construit et alimente leur caractère en les confrontant de manière contrapuntique à la gent masculine. Ridley Scott révèle alors un souffle féministe qu’on ne lui soupçonnait guère. Le mari de Thelma, Daryl (alias Christopher MacDonald dans un rôle sur-mesure) est l’illustration même de la supériorité machiste et du sex-appeal à son degré zéro. Tordant à souhait, il devient le chef de file de toute une galerie de portraits d’hommes, tous plus ridicules les uns que les autres. Les femmes quant à elles sont en terrain hostile. Malgré leur détresse et leurs faiblesses, Thelma et Louise sont animées par un instinct de survie à toute épreuve. Déclarer forfait n’est pas au programme, elles sont déterminées à passer entre les mailles d’un système américain encore trop traditionnel et qui se soucie peu de toute condition féminine. Les hommes peuvent être ridicules, ils n’en sont pas moins les détenteurs du pouvoir, et c’est en ce sens que le spectateur est immédiatement compatissant du sort des deux héroïnes. Seule exception, Jimmy le petit ami de Louise (Michael Madsen) incarne l'unique protection à laquelle la femme américaine peut espérer : le mariage. Pour ce qui est du réalisateur, il trouve son porte-parole en la personne d’Hal Slocumb (Harvey Keitel) commissaire bienveillant mais impuissant quant au sort des deux fugitives.

thelmaetlouise02Susan Sarandon et Geena Davis donnent généreusement de leur personne à ces deux héroïnes hors du commun. Et si au début elles peuvent nous sembler assez communes, la suite apporte son lot de surprises. Thelma et Louise agissent peu à peu comme des hommes. La scène pivot du film est celle où Louise fait ses adieux à Jimmy alors que Thelma prend son pied avec un jeune inconnu (la révélation Brad Pitt). S’en suit le vol de l’argent par le voyou en question qui clôt tout espoir de bonheur. Les deux héroïnes sont désormais des fugitives. Ces rapports seront les derniers qu’elles auront avec des hommes. A l’avenir, elles agiront de manière tout à fait virile. Et si Louise se contente symboliquement de jeter son rouge à lèvres et de dire adieu à ses bijoux, Thelma se découvrira soudainement un certain talent en ce qui est de braquer les commerces. C’est dire !

thelmaetlouise03Par ailleurs, Scott place intelligemment ses personnages dans un décor et des genres typiquement masculins. Le choix du road-movie tout d’abord dont les codes sont parfaitement respectés, la route amenant en permanence son flot de péripéties plus ou moins réjouissantes. Et mieux encore : dans les dernières minutes du film, peu avant la chute, les deux femmes sont filmées en gros plan, elles se mettent à fumer alors qu’en fond se fait entendre un harmonica. Dans le camp adverse, on insère ici et là des revolvers prêts à faire feu. Pas de doute, nous sommes en plein duel, un véritable western. Le choix du décor (le Grand Canyon) accentue d’autant plus cet effet. Les paysages ou encore la musique aux accents folks participent d’une dimension légendaire. Thelma et Louise sont désormais au dessus des hommes, plutôt mourir que de revenir en arrière. L’honneur est sauf, le discours est universel... alors un mythe ? Pourquoi pas !