certainslaimentchaud01Quant à parler des grands maîtres de la comédie hollywoodienne, on en vient forcément à évoquer Ernst Lubitsch pour la première génération, et Billy Wilder pour la seconde. Les deux auteurs sont extrêmement liés, certes tout d'abord parce que Lubitsch fut lui-même le maître et inspirateur de Wilder, mais surtout parce qu’ils ont su insuffler une nouvelle fraîcheur à leur genre de prédilection chacun en leur temps. La comédie se joue souvent à quitte ou double. Billy Wilder y a quelquefois perdu, mais le plus souvent il y a gagné. Pour s’en persuader suffit-il de jeter un coup d’œil à Certains l’aiment chaud, l’un des films les plus drôles du siècle dernier. Il permet au cinéaste de retrouver Marilyn Monroe quatre ans après avoir soulevé sa robe sur la bouche d’égout du moins efficace mais non moins culte Sept ans de réflexion. L’occasion aussi de travailler pour la première fois avec Jack Lemmon qui deviendra son acteur fétiche.

Deux musiciens fauchés sont témoins d’un massacre. Pour échapper aux gangsters qui les recherchent ils se déguisent en femmes et intègrent un orchestre féminin en partance pour Miami. Le jazzman tombe amoureux de la chanteuse Sugar tandis que le contrebassiste se voit courtisé par un milliardaire.

certainslaimentchaud02Wilder nous sert ici une bonne parodie de film de gangsters. Comme toujours avec lui, le script en est la colonne vertébrale. L’histoire est complètement dingue mais les deux scénaristes (I.A.L. Diamond et Wilder lui-même) sont assez fous pour garder le même ton de bout en bout, quitte à terminer sur une note carrément absurde avec le désormais immortel « Nobody’s perfect ». La structure est osée mais fonctionne à la perfection (ce qui la rend novatrice) : certes l’histoire de gangsters ouvre et ferme le film, mais au milieu ce ne sont que gags en tout genre, amours, coquillages et travestis. De toute évidence, Certains l’aiment chaud donne un nouveau souffle à la comédie hollywoodienne classique. Les alternances entre dialogues percutants et situations burlesques fonctionnent à tout va. Les rires fusent encore aujourd’hui (preuve que le film n’a pas pris une ride). L’audace apparaît aussi dans les thèmes traités, et qui dit travestissement dit sexualité. Or du sexe, il y en a à la pelle dans Certains l’aiment chaud mais l’effusion en est tellement intense et burlesque qu’elle gomme toute trace de grossièreté (pour exemple l'hilarante beuverie improvisée sur la couchette de Jack Lemmon). On s’étonnera tout de même de la souplesse dont a fait preuve la censure de l’époque face à ce genre de scène (peut-être trouvera-ton ici la raison pour laquelle le film fut si peu plébiscité aux Oscars en 1959).

certainslaimentchaud03Billy Wilder est un auteur généralement satirique mais avec Certains l’aiment chaud il semble avoir légèrement levé le pied pour se consacrer essentiellement au burlesque. Il en demeure que le film appuie énormément sur le jeu des apparences (Sugar est un personnage triste car victime de ses propres illusions). Le jeu du travestissement soulève quant à lui certaines ambigüités sexuelles (notamment Jerry/Daphné qui ira jusqu’à étudier avec sérieux la demande en mariage de son milliardaire). Mais toute remontrance s’arrête là tant la mise en scène et le jeu des acteurs privilégient l'humour avant tout. Jack Lemmon et Tony Curtis participent de cette effusion de rires ainsi habillés en femmes ; quant à Marilyn, elle n'aura jamais été aussi sensuelle. Ses numéros musicaux sont mémorables (la danse du ukulélé comme la fameuse scène du « I wanna be loved by you »). Un chef d’œuvre comique. Un chef d’œuvre tout court. A voir. A voir. A voir.