jurassicpark01Octobre 1993. Jurassic Park déboule sur les écrans. Quelques mois plus tard, il bat le record historique des recettes engrangées par un film qui jusque là était détenu par E.T. du même réalisateur, Steven Spielberg. Je n’avais que six ans et pourtant, comme tous ceux de ma génération, je me souviens encore des émotions provoquées par la première vision. La terreur. Un sentiment violent mais presque logique si tantôt nous suivons le raisonnement moral de Spielberg. Peur mêlée d’émerveillement avant tout : des effets spéciaux si grandioses qu'ils font croire aux dinosaures comme on croit au Père Noël. Peur pour les personnages puisque, comme à son habitude, le cinéaste excelle dans les scènes d’action et/ou de suspense. Peur pour l’humanité enfin tant le propos de Spielberg est simple à comprendre : l’homme s’improvise Dieu en jouant au petit chimiste et inévitablement ça ne lui réussit guère. Alors évidemment Jurassic Park est une expérience plutôt traumatisante pour un gamin de six ans. Il n’empêche que malgré ma peur, j’ai compris sans le moindre problème, comme tous les jeunes adultes de ma génération, que c’était un film déjà culte qui se déroulait sous mes yeux.  

Le milliardaire John Parker Hammond a réalisé l’irréalisable : à partir du sang conservé dans des moustiques fossilisés il a réussi à recréer des dinosaures. Peu avant d’ouvrir ce qui s’avère être le parc d’attraction le plus impressionnant de la planète, il fait appel à une équipe de scientifiques dans le but d’être concrètement soutenu dans son projet. Malheureusement, la visite tourne au cauchemar.

jurassicpark02Ce qui étonne le plus en revoyant Jurassic Park aujourd’hui, c’est qu’il a extrêmement peu vieilli. Pourtant, quinze ans ont passés et question effets spéciaux les techniques sont allées de l’avant. Mais les dinosaures demeurent plus vrais que nature quoique personne ne puisse concrètement les comparer avec des originaux. Si tricératops et brachiosaures semblent être emplis de bons sentiments, il en est tout autre des vélociraptors, T-Rex, et autres carnassiers qui ne pensent qu’à bouffer de l’humain. Spielberg pousse à fond les manettes le potentiel suspense de ses bestioles. Les scènes d’action qui les prennent à parti sont généralement très efficaces, qu’il en soit de l’apparition du tyrannosaure pendant la panne électrique ou de la chasse à l’homme finale entreprise par les vélociraptors dans la cuisine. Jurassic Park est d’ailleurs l’un des films où Spielberg a su au mieux tirer profit de son génie visuel. Les indices sont nombreux : le logo du parc devenu logo du film, la griffe du raptor, et bien sur l’idée géniale du verre d’eau dont le simple tremblement annonce la catastrophe prochaine. Mais l’œuvre n’est pas exempte de défauts. A l’évidence, le cinéaste prend le parti des dinosaures et non celui des humains. Si cette impression s’en ressent, c’est certainement parce que pour cette fois Spielberg s’est plus attaché à la précision des effets spéciaux qu’à celle de la direction d’acteurs (où d’habitude il excelle). Le spectateur manque cruellement d’informations quant aux personnages qui sonnent alors bien creux. Spielberg, chez qui le thème de la famille est récurrent, porte ici une attention particulièrement énervante sur les rapports que le héros entretient avec les enfants. Bête tache psychologique dans un film d’aventures des plus palpitants.

jurassicpark03Néanmoins, le cinéaste ne se contente pas d’accumuler les dinos en tout genre dans le simple but de nous divertir. Son propos est, comme toujours, plus profond qu’il n’y paraît. Le personnage auquel on s’attache le plus est étrangement le milliardaire créateur du parc. S’il apparaît moins souvent à l’écran que Laura Dern ou Sam Neil, il est pourtant le seul à disposer d’une véritable dimension symbolique. Inspiré par Charles Foster Kane et Walter Elias Disney, John Parker Hammond a tenté d’enfermer King Kong dans Xanadu. Spielberg fait souvent référence à l’histoire du cinéma dans son film, le tout Hollywood y est ainsi concentré dans un parc d’attraction. On notera d’ailleurs l’amusante autocritique du cinéaste face à son propre système de merchandising : les objets en vente à l’intérieur même du film sont identiques à tous ceux vendus pour sa promotion. Oui, Jurassic Park parle du 7ème art, celui de Disney et de Spielberg lui-même, celui qui dépasse les frontières, celui qui sait se vendre. Une idée ô combien intéressante et ô combien jouissive ainsi représentée par des créatures venues d’une autre ère. Alors quand on sait que c’est signé Spielberg, on n’est pas étonné mais on lève quand même les deux pouces !