lafricain03Avant de devenir metteur en scène, Philippe de Broca démarra comme assistant auprès de Decoin, Chabrol et Truffaut. Mais étonnamment, grandir dans les jambes de ces grands cinéastes l’a très peu influencé quant au chemin à suivre dans sa carrière. Il sera donc proclamé « grand manitou des comédies françaises à gros budget ». On est certes très loin des Thomas Langman et Frédéric Forestier d’aujourd’hui (faut pas charrier), pour autant ne soyons pas naïfs au point de croire que le genre ait attendu les années 90 pour nous pondre des navets. Avec Broca, ça se joue souvent à quitte ou double. Pour L’Africain c’est une première, il écrit seul le scénario. Claude Berri est aux commandes de la production et quitte à en jeter un bon coup, l’intégralité du film sera tourné dans la savane. Et la cerise sur le gateau : un casting de luxe ! Seize ans après La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau, réunion à l'écran de Catherine Deneuve et Philippe Noiret. Reste à savoir si tout cela suffit pour faire un bon film...

Victor a fui la vie trépidante de Paris et les problèmes conjugaux pour s’installer au cœur de l’Afrique centrale. Vivant sur un bateau délabré, il mène une vie pépère entre son potager et les diverses courses qu’il fait pour la population locale avec son coucou, auprès de son ami Bako et de sa compagne Eugénie. C’est alors que débarque son épouse Charlotte, déterminée à installer un club Med dans la région.

lafricain02La (très) mauvaise idée qu’a eu De Broca, c’est d’écrire seul le scénario. Ne jugeons pas l’Africain trop sévèrement car dans le fond il aborde des sujets peu exploités par le cinéma français, à savoir le profit de l’Occident sur l’Afrique via le tourisme, et plus intéressant encore le braconnage. Evidemment, de tels éléments engagent au film d’aventure. De Broca tente quelques péripéties ça et là sur la fin, ce qui en fait la partie la plus intéressante de son film ; notamment le voyage sur un bateau sobrement baptisé African Queen II ou encore la rencontre avec les pygmées (bien que paraissant aujourd’hui un peu caricaturale). Il en demeure que le film manque cruellement de rythme, fatal pour le genre qu’il soit comique ou aventurier. Le mélo l’emporte sur l’action sans pour autant aller jusqu’au bout de ses ambitions (en cela le final est vraiment frustrant). D'autre part, notons que le potentiel comique de Deneuve est sous-exploité (pour mieux l’apprécier autant s’en retourner à La Vie de château et Le Sauvage de Rappeneau ou encore au tout récent Palais royal ! de Lemercier), quant à Noiret il est adorable au possible sans réussir pour autant à sauver le film de la noyade. Quelle déception de voir tant de fric et de bonnes idées tomber à l’eau. Dommage.