quiveutlapeauderogerrabbit01Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le procédé qui consiste à mêler personnages de dessins animés et acteurs réels dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est loin d’être une nouveauté. Tous les habitués de l’univers Disney auront déjà pu en profiter dans des films comme Peter et Elliot le dragon (1978) et surtout le cultissime Mary Poppins (1965). Mais il nous faudrait remonter jusqu’aux années 30 pour retrouver les véritables instigateurs de cette technique, à savoir les frères Dave et Max Fleischer, grands rivaux de Walt Disney qui créèrent entre autres Betty Boop ou Popeye le marin. Robert Zemeckis, qui fut longtemps parrainé par Steven Spielberg, est un amoureux fou des effets spéciaux. Ses films adoptent généralement un ton humaniste dans le but de toucher un public de tous âges. Et de toute évidence, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est de ces films que tout spectateur est amené à aimer. L’œuvre d’un cinéaste tombé dans la potion magique du cinéma quand il était petit.

Les Toons, personnages de dessins animés, vivent à Toontown près de Beverly Hills à Hollywood. Roger Rabbit, un lapin vedette, a des doutes sur la vertu de son épouse, la belle Jessica. Son producteur, las des bêtises qu’il provoque en tournage, se décide à engager Eddie Valiant pour enquêter. Valiant rapporte des photos compromettantes concernant Jessica et le riche Marvin Acme. Or celui-ci est assassiné la nuit-même où les faits sont rapportés au mari trompé. Roger, évidemment présumé coupable, est traqué par le redoutable juge Demort. Il part trouver refuge chez Eddie…

quiveutlapeauderogerrabbit02Zemeckis joue de la carte « nostalgie » en se référant à une époque bien précise du cinéma hollywoodien. Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est avant tout une fine parodie de thriller/film de gangsters. Le cinéaste n’hésite pas à rameuter tous les clichés possibles en rapport avec un certain âge d’or où Bogart officiait encore poursuivi par des gangsters en vieille Chevrolet. Entre les costumes de Dolores, la loupe du détective, les actualités dans les salles de cinéma et l’alcool en guise de vitamine, tout porte à croire que nous sommes revenus en temps d’après-guerre. Sauf que cette fois-ci… les Toons sont de la partie ! Betty Boop vend des clopes dans un bar à l'heure où Dumbo quémande des cacahuètes à la fenêtre : Zemeckis en appelle ici à toute l’histoire du cinéma d’animation ! (une prouesse non égalée jusqu’à présent). L’occasion rêvée de mêler dans un même plan les personnages de studios concurrents. Il en va ainsi pour Donald et Daffy Duck dans un show pianistique meurtrier, suivis par Mickey Mouse et Bugs Bunny unis dans la moquerie contre le pauvre Eddie Valiant. C’était le temps relativement révolu où Disney et la Warner se faisaient la guerre mais Zemeckis prend sur lui de signer l’acte de paix : le tout appartient désormais à l’Histoire.

quiveutlapeauderogerrabbit03Pour ce qui est de la trame, le film ne déçoit pas non plus. Zemeckis est comme toujours aux petits soins et le résultat s’en ressent : tout fonctionne sur un rythme effréné. Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est un film extrêmement drôle où enfants et adultes trouvent leur compte. On ne peut que féliciter le cinéaste d’avoir su incorporer des personnages de dessins animés dans un thriller avec autant d’habileté. Zemeckis signe ici l’un de ses meilleurs films qui témoigne d’un amour sans conteste pour le cinéma d’animation. Il poursuivra sa carrière dans les expérimentations d’effets spéciaux, toujours avide de s’essayer à de nouveaux procédés. Encore aujourd'hui, on le suit sans bouder notre plaisir.