soyezsympasrembobinez02La Science des rêves dévoilait au grand jour les véritables aspérités du cinéaste Gondry : l’œuvre se veut imparfaite ainsi conçue à base de carton pâte, bouchons de liège et autres bouts de ficelle. Une forme opportuniste jonchée d’un discours non dénué de poésie qui se réclame de la branche proprement artisanale du cinéma. Inévitablement, La Science des rêves comme Soyez sympas rembobinez renvoient à Méliès ou à Feuillade, ces premiers grands réalisateurs français qui savaient conférer de la magie à leurs films malgré les technologies bien futiles dont ils disposaient en leur temps. Mais le plus dur restait à faire : revendiquer auprès des spectateurs cette imperfection qui fait tout le charme du cinématographe made in Gondry. Un défi de taille remporté haut-la-main tant le bonhomme y est allé en douceur : d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind en Soyez sympas rembobinez, une étape a été franchie sans que nous, spectateurs, ayons pu décrocher de cette douceur fantasque.

Monsieur Fletcher tient le dernier magasin de location VHS de la ville. Menacé d’expulsion, il tente de refleurir son business en allant s’inspirer des nouveaux professionnels adeptes du DVD. Pendant ce temps, Mike et Jerry s’occupent de la boutique. Après un casse désastreux dans une usine, le cerveau de Jerry est devenu magnétique. Malencontreusement, il efface toutes les cassettes mises en location. Sous la pression infligée par la plus fidèle cliente du magasin qui veut absolument louer SOS Fantômes, ils s’improvisent réalisateurs-acteurs et retournent le film à leur façon. Contre toute attente, c’est là que les affaires reprennent.

soyezsympasrembobinez04Malgré l’esprit bon enfant et la simplicité apparente de son ton, Soyez sympas rembobinez soulève énormément de questions concernant l’industrie du cinéma. On y témoigne d’ores et déjà d’un passé populaire en se référant à des films en tous genres, de 2001 l’Odyssée de l’espace à Rush Hour 2 en passant par Le Roi Lion ; une diversité appuyée par les acteurs secondaires tous témoins d’une branche bien spécifique (Danny Glover, Mia Farrow, Sigourney Weaver). Une fois le décor ainsi mis en place, reste à se questionner sur l’art, sa provenance et sa propriété. L’artisan Gondry fait face à l’évolution des technologies via le DVD venu succéder à la VHS désormais désuète. A la tendance toujours perfectible d’une image soignée il oppose l’amateurisme des vieilles caméras familiales d’antan. Mike et Jerry s’emploient donc à « suéder » tous les films cultes de la boutique du vieux Fletcher (déf. SUEDER : les retourner à leur façon). L’idée est brillante et permet en un sens de continuer à promulguer une certaine histoire du cinéma qui privilégie plus l’action, les sentiments et (surtout) l’humour à la perfection des techniques quelles qu’elles soient. Reste qu’Hollywood finit bien évidemment par s’en mêler : alors que l’affaire prospère, les avocats débarquent et passent les VHS sous leur monumental rouleau compresseur. D’où le questionnement : à qui appartient l’art ? L’amateurisme n’est plus possible, les majors ont tous pouvoirs.

soyezsympasrembobinez03Mais Gondry ne baisse pas les bras pour autant. Soyez sympas rembobinez démantèle toute la machinerie industrielle du 7ème art et affirme : « vous aussi faites comme Mike et Jerry car tout le monde à les armes en mains pour faire du cinéma ! ». Le final, à la fois nostalgique et désillusoire à la Capra, permet au cinéaste d’affirmer sa définition : un art populaire car véhiculaire de sensations et de sentiments. Ce qui compte, ce sont les délices de l’illusion et non la tendance à d’insignifiants effets naturalistes. Soyez sympas rembobinez est porteur de toute une philosophie à la Gondry, en adéquation avec la génération You tube dans laquelle nous vivons. Le propos est osé, voire quelque peu déplacé, mais comme toujours, on le suit sans broncher !