unmondeparfait01L’œuvre de Clint Eastwood est désormais dense et rayonnant, à tel point qu’on à tendance à trancher dans sa production en qualifiant certains films de « mineurs » et d’autres de « majeurs ». Enorme bêtise lorsqu’on sait que chaque élément est essentiel dans la filmographie d’un tel cinéaste. Un monde parfait en est l’exemple-type. Au Texas, en 1963, Butch et Terri s’échappent de prison. A quelques kilomètres de là, des gamins fêtent Halloween. Mais le jeune Philip est écarté de l’euphorie générale puisque, comme sa mère et ses deux sœurs, il est témoin de Jéhovah. C’est alors qu’en pleine nuit, Terri, le complice de Butch, pénètre dans la maison en question. Brutalisant la mère et son fils, il est rapidement rappelé à l’ordre par Butch qui vient calmer le jeu. Alertés par des sirènes de police, les deux bandits prennent Philip en otage et s’enfuient.

unmondeparfait02Si Un monde parfait n’est pas le plus grand film d’Eastwood, il fait tout de même œuvre de transition idéale entre les magistraux Impitoyable (1992) et Sur la route de Madison (1995). Du premier il conserve le discours universel établi sur la violence. Le début et la fin du film sont tout à fait significatifs en cela. Philip (T.J. Lowther) et Butch (Kevin Costner) sont des êtres bienveillants. Pourtant, ils seront amenés à tuer pour défendre les valeurs en lesquelles ils croient, et ce dès l’âge de huit ans. Il en fut ainsi pour Butch, il en sera de même pour Philip. La boucle sera bouclée et la violence aura le fin mot de l’histoire. Une répercussion évidente à l’époque en question, le film se déroulant en 1963, quelques mois seulement avant l’assassinat de Kennedy. Le titre est ainsi renversé : pas de monde parfait puisque la violence finit par prendre le pas sur tout le reste.

unmondeparfait03Outre ce procès profondément humaniste (Eastwood oblige), le film s’applique à peindre une relation profonde entre deux êtres : un jeune témoin de Jéhovah et un bandit évadé de prison. Le sentimentalisme, Eastwood sait le doser mieux que personne, tant et si bien qu’il ne tombe jamais dans la mièvrerie (piège ô combien redouté des amateurs du genre). Si Butch annonce la couleur en invitant Philip dans un jeu « entre potes », il est évident que le lien qui les unit est avant tout très paternel (Philip étant privé de père à la maison comme ce fut le cas pour Butch). Le cinéaste n’hésite pas à miser sur la psychologie, s’amusant à capter tel ou tel regard fourni par l’enfant en réaction à un adulte qui sait parfaitement comment acquérir sa confiance et lui éviter tout traumatisme futur malgré le rapt dont il fait les frais. Pour cette fois le cinéaste-Eastwood se met en retrait, dans la peau du flic qui malgré ses efforts pour arranger les dégâts se verra malgré tout dépassé par les évènements. Le cinéaste est donc bien présent, il regarde et constate, désabusé, il va sans dire. Son film a la force d’une balle tirée en plein cœur, le paroxysme étant atteint dans les dernières minutes, éprouvantes au possible. De toute évidence, Un monde parfait n'a donc rien d'un film "mineur". Il est désarmant, dans la même veine que le film suivant, le très beau Sur la route de Madison. A voir.