desengagement01Le titre et l’affiche laissent peu de place au doute : Amos Gitaï traitera dans son film du désengagement de Gaza en Israël. On connaît suffisamment le réalisateur pour savoir que le conflit israélo-palestinien constitue l’un de ses thèmes fondateurs. Politique, le film l’est ouvertement. Alors pourquoi s’acharner à tourner ainsi autour du pot ! Désengagement démarre en territoire français, dans un train qui conduit Uli, un israélien, à Avignon où son père vient de mourir. Il y retrouve Ana, sa demi-sœur, qui profitera d’une affaire d’héritage pour partir avec lui retrouver sa fille qu’elle a abandonné à la naissance, vingt ans plus tôt, en Israël.

Si la trame semble franche d’un premier abord, c’est sans compter sur les inclinations vagabondes du réalisateur. Le traitement narratif est si confus qu’on en vient à lui préférer la contenance documentaire ! Le film se divise en deux parties. La première se déroule en France, introduite par une brève aventure sexuelle ferroviaire entre une arabe et un juif. La deuxième (plus intéressante, donc) relate la quête d’Ana en terre israélienne.

desengagement02Et si Gitaï était venu en France pour imiter les soi-disant innovateurs nationaux qui pourrissent régulièrement notre cinéma en l’affublant d’une étiquette intellectualisante ? Car avouons-le, Désengagement ressemble tristement à un film exagérément intellectuel, et par conséquent raté. Nulle beauté dans le discours, tout n’est que vagabondage incontrôlé. Comment réagir face à Barbara Hendricks interprétant avec majesté « Le chant de la terre » de Mahler devant le cadavre d’un homme qui nous est complètement indifférent ? Nous ne disposons d’aucune clé, le propos est donc condamné à demeurer indéchiffrable. Gitaï est un poil plus crédible en terre israélienne dans son approche du désengagement de Gaza, arrivant à se focaliser sur l’humain même au cœur des foules. Mais ça ne sera pas suffisant pour sauver le film de la noyade, car même si le prétexte initial est historique le film laisse une impression impardonnable d’irréalité (et ce même dans la manière aussi originale soit-elle d’exploiter le cadre). Les rares instants de vie (le couple dans le train, les retrouvailles mère-fille) doivent leur existence à la qualité de l’interprétation et non à tel ou tel effet de mise en scène. La facticité a finalement pris le dessus, dominant le créateur qui semble avoir perdu tout contrôle. Pas de doute, Désengagement est un véritable naufrage.