lepremiervenu01Jacques Doillon est de ces cinéastes français qui nécessitent une modification personnalisée des paramètres quant à l’appréciation d’un film. Ses preuves, il les a faites depuis bien longtemps déjà, alors que son nom figurait parmi les trop peu nombreux qui entretenaient la flamme du cinéma français dans les années 70. On pense à L’An 01 (1973), aux Doigts dans la tête (1974) et surtout à La Drôlesse (1979) auquel il se réfère tout particulièrement dans son dernier opus, Le Premier venu. L’occasion de se pencher sur un cinéaste un peu oublié qui est toujours resté fidèle à ses aspirations premières.

Costa rentre au pays, dans sa petite ville picarde. Il est suivi par Camille qui, la veille, s’est offerte à lui sans le connaître. Sans raison particulière, elle est déterminée à lui offrir son amour.

lepremiervenu02Les Cahiers du cinéma en ont fait leur évènement du mois d’avril ; ces mêmes Cahiers qui firent naître les grands cinéastes de la Nouvelle vague ; ceux-là mêmes dont Doillon s’est toujours réclamé le fier descendant. Et l’héritage traîne encore sur son cinéma presque quarante ans après ses débuts. Le Premier venu est charmant dans son genre (entendons-la le genre « Doillon ») : un triangle amoureux, une structure de récit complètement abstraite, des personnages à fleurs de peau, le tout baigné dans une atmosphère qui change de ton tous les quarts d’heure. Il faut rajouter à cela les conditions précaires d’un tournage quasi-improvisé où les acteurs ont des allures d’amateurs, fournis avec les costumes et décors cheaps qui s’imposent. Nous avons affaire à un cinéma de l’instant qui assume et revendique pleinement son apparence artificielle. Force est d’admettre qu’une fois ces propriétés ingérées, Le Premier venu n’est rien de moins qu’un chef-d’œuvre. Dommage que traîne dans l’air cet alarmant effluve de naphtaline.

lepremiervenu03Le Premier venu est un exemple de taille, un film « du milieu » dixit les Cahiers du cinéma qui illustre à merveille les problèmes que connaît actuellement la production cinématographique en France. Mais vu d’un autre angle, ce film pourrait tout aussi bien être l’exemple rétorqué d’une qualité filmique standard que la critique a pris pour habitude de vanter. Le point fort des films de Jacques Doillon reste la caractérisation de ses personnages, choisis parmi les reclus les plus atteints de notre société. Or, Costa, l’individu du Premier venu est loin de susciter le même taux de complicité que Jacques, le héros de La Drôlesse malgré des caractéristiques extrêmement proches. En effet, nous avons affaire à deux exclus, tous deux criminels à leur façon et interprétés par deux acteurs magistraux (Gérald Thomassin et Claude Hébert) qui confèrent peu ou prou la même verve à leur personnage. Plus de trente ans séparent les deux films et malheureusement le constat est flagrant. A croire que Doillon a manqué un épisode et que sa poésie s’est perdue en route. La qualité de l’image et la construction minutieuse des cadres ne font qu’accentuer le grand écart qui sépare le propos de toute crédibilité. Jadis, l’artificialité (alors innovante) de Doillon fit sa gloire, aujourd’hui elle marche à contre courant du panorama cinématographique français qui s’efforce bon an mal an d’aller de l’avant. Finalement et fatalement, le charme bascule dans l’anachronisme. Quelle tristesse.