funnygames01À l’heure où sort en salles la version « made in US », un petit retour s’impose sur le Funny Games original, celui qui déchaina les foules lors de son passage au festival de Cannes en mai 1997. Que dire sinon que Michael Haneke signe certainement là son chef d’œuvre. Lui dont les aspirations cinématographiques relèvent de l’inhumain : vider les corps de tout semblant d’âme pour ne garder que le mal et les perversions qui l’accompagnent. Funny Games est une expérimentation sur la violence et ce qu’elle implique de l’autre côté de l’écran. A l’évidence, le spectateur est directement concerné.

Une famille modèle : Georg, son épouse Anna et leur fils Schorschi. Ils partent pour un week-end dans leur maison de campagne au bord d’un lac. Surviennent alors deux jeunes hommes, Paul et Peter, qui leur rendent visite de façon tout à fait anodine. Mais l’entrevue prend rapidement des allures de rapt : la famille est séquestrée et violentée. Pour eux et pour nous, le cauchemar commence.

funnygames02Funny Games ouvre un débat de facture sociale, éthique et politique autour de la violence et de ce qu’elle implique via le cinéma ou l’écran de télévision. Haneke confronte son spectateur à des images purement sadiques, l’impliquant directement dans la construction d’un cauchemar où aucune once d’espoir n’est la bienvenue. Le sadisme va au-delà de ce qui est montré sur l’écran, il touche l’esprit et l’emmène au plus profond de sa noirceur. Le pire, c’est de constater que le cinéaste a déjà touché aux confins de l’horreur seulement au bout d’une heure de film. On comprend alors qu’il peut aller plus loin, encore et toujours, n’atteignant jamais les perversions les plus sordides de notre imaginaire. La soif de sang du spectateur ne demande qu’à être assouvie encore et encore. Ainsi Michael Haneke réveille l’inhumanité qui sommeille en nous pour nous la jeter en pleine figure. La violence est d’abord une épreuve, mais une fois habitués on finit par accepter le défi et à en redemander : « montre m’en plus, je suis capable de le supporter ». Pas de doute, nous touchons aux confins de l’éthique comme jamais aucun film n’est parvenu à nous y emporter, pas même le terrible Orange mécanique de Kubrick.

funnygames03La barbarie s’atténue un tant soi peu en deuxième partie de film, lorsque le cinéaste prend du recul et ôte peu à peu les poutres réalistes sur lesquelles reposait la tension du spectateur. Paul nous met dans la confidence : il s’agit bien d’un film, ce n’est en aucun cas la réalité. Le mal mène la danse et c’est forcément lui qui triomphera. Alors même si plusieurs objets ont été parsemés par-ci par-là, laissant entrevoir une once d’espoir si par chance une des victimes tombaient miraculeusement dessus, il n’en sera rien. Haneke tue systématiquement tout espoir dans l’œuf. Ne reste que la désolation, la victoire du mal. Et lorsqu’on pense que tout est enfin fini une autre famille est visée, et l’histoire recommence à zéro. Le cercle du mal n’en finit pas, et malgré la prise de conscience avouée de la fiction, une phobie sociale s’est créée. Haneke a touché au mal à l’état pur. Son pouvoir est sans limite : de même que les personnages, le spectateur se retrouve complètement soumis. L’expérience est troublante voire traumatisante, mais ô combien fascinante.