09 mai 2008

L’Été meurtrier (Jean Becker, 1983)

letemeurtrier01Dès ses débuts, Jean Becker s’est fatalement vu attribuer l’étiquette d’héritier du mauvais cinéma français des années pré-Nouvelle Vague. Son père Jacques (dont la réputation est tout autre) usait régulièrement de faits divers provinciaux pour les replacer dans des contextes magistralement tragiques (à l’image de son chef d’œuvre, Casque d’or). Le fiston s’amuse également à partir en campagne, mais seulement pour assurer sa réputation d’auteur popu, qui au final ne présente que peu d’intérêt. L’Été meurtrier reste son plus grand succès public, ayant ratissé au passage pas mal de Césars lors de la cérémonie de 1983.

Eliane, une ravissante jeune femme, arrive dans un village provincial avec son père invalide et sa mère d’origine allemande. Elle ne tarde pas à séduire le timide Florimond (dit Pin-pon) qu’elle s’empresse d’épouser. Très vite, on comprend que son choix découle d’une terrible affaire de famille et qu’Eliane est avide d’assouvir une vengeance.

letemeurtrier02L’Été meurtrier a certainement beaucoup vieilli. À le revoir aujourd’hui, on se demande ce qui a bien pu faire son charme autrefois. Le scénario de Becker et de son compère Sébastien Japrisot est une adaptation médiocre et mal maîtrisée, affublée d’effets old school complètement ringards telles ces multiples voix-off qui passent de personnage en personnage sans se soucier d’une transition quelconque. L’effet est d’autant plus raté qu’on ne s’attache à aucun individu puisque tous sont effleurés sans être véritablement fouillés. Entre tous, celui d’Adjani est certainement le pire. Comment a-t-on pu lui attribuer un prix pour une interprétation aussi mièvre ? Au mieux, pour la féliciter quant à la perfection de son corps de rêve ici mis à nu, au pire pour justifier l’archétype d’une jeunesse 80’s complètement déboussolée (mais qu’on trouvera bien plus incarnée par exemple en la personne de Sandrine Bonnaire dans le À nos amours de Pialat). Ici, dès qu’Eliane apparaît à l’écran, on n’a qu’une envie : la gifler ! Toute la galerie de seconds rôles qui l’entoure est bien plus convaincante, d’Alain Souchon à Michel Galabru, en passant par Suzanne Flon.

letemeurtrier03Malgré cela, gageons que sur le papier l’histoire devait être prometteuse, disposant d’un fond policier captivant. Dommage, donc, que Becker ait préféré l’exploiter en fin de parcours, le sacrifiant au profit d’une visée plus psychologique. Malheureusement, des scènes qui auraient pu être marquantes, comme celle d’Adjani tétant le sein de sa mère, perdent tout impact dès lors qu’elles semblent étrangères à l’intrigue. L’image est psychanalytique, et à l’évidence, le réalisateur est resté à la surface des faits, tant et si bien que l’on demeure hermétique à ce genre de provocations qualifiable dès lors de « gratuites ». À l’arrivée : aucune passion, aucune beauté, aucune pitié : l’encéphalogramme de cet Été meurtrier demeure de bout on ne peut plus plat. Déplorable.

Posté par twain81 à 22:51 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur L’Été meurtrier (Jean Becker, 1983)

    Il y en a vraiment qui ne comprennent rien à rien et qui ont visiblement une sensibilité équivalente à celle d'un caillou que (mais je suis bien élevée) je lui renverrais bien en plein dans sa suffisance pour cause d'insulte à chef d'oeuvre mais bon même le caillou il ne le sentirait pas alors restons en là....Merci à vous Japrisot et Becker, vous avez largement contribué à mon Amour du cinéma.

    Posté par Gotaï, 16 décembre 2012 à 10:16 | | Répondre
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