mysticriver01Avec Mystic river, le grand Clint entre dans un cycle de chefs d’œuvre qui depuis n’a cessé d’aller de l’avant. Preuve que l’auteur est certainement moins classique et plus métaphysique qu’on ne le croit. Mystic river est LE film eastwoodien par excellence : son scénario sert à merveille les conceptions philosophiques (et humanistes) qui habitent le cinéaste depuis toujours. Les thèmes clés de son œuvre y sont exploités à travers les destins de trois personnages tout simplement fascinants.

Jimmy, Sean et Dave ont tous les trois grandis dans les rues de Boston. Vint alors ce jour maudit où Dave fut enlevé par de faux policiers avant de s’échapper quatre jours plus tard. Depuis, bien de l'eau a coulé sous les ponts et les trois amis ont chacun suivi un chemin différent. La mort violente de la fille de Jimmy les réunit et fait remonter des profondeurs un trauma enfoui en eux depuis longtemps.

mysticriver02Tous les thèmes chers à Eastwood sont réunis : le destin, la culpabilité et la fatalité du lynchage en tête. Le tout condensé dans un scénario extrêmement limpide, zigzaguant avec maîtrise entre les trois personnages principaux. Impossible de coller une étiquette à Mystic river tant son genre est unique. Certes, c’est avant tout un polar mené de main de maître. Mais dès lors qu’Eastwood touche aux êtres dans leurs obsessions profondes, on pourrait tout aussi bien qualifier le film de drame psychologique. Et encore, c’est sans compter sur la fin (mine de rien assez amorale) qui fait basculer le propos dans la philosophie pure et dure et donne à l’ensemble une dimension semblable à celle du conte. Cette indiscernabilité propre au film est tout simplement la preuve de l’indépendance du cinéaste Eastwood. Mystic river se suffit à lui-même, c’est un film intime, un film d’auteur.

mysticriver03Cette rivière mystique, Clint la remonte pour en trouver la source ; cette source à l’origine de tous les maux et qu’on nomme « destin ». La caméra de Tom Stern joue de magnifiques clairs-obscurs, brisant les visages en deux : d’un côté la lumière, et de l’autre l’ombre. Ces ombres, Eastwood les affectionne, tant et si bien qu’elles parcourent ses films et définissent ses héros. Dans Mystic river c’est Jimmy (Sean Penn, merveilleux), touché par le deuil et rongé par le remords. C’est Sean, policier classique américain privé de vie amoureuse et de vie de famille. Mais c’est surtout Dave, traumatisé par le passé et objet de culpabilité vis-à-vis de ses amis d’enfance alors coupables d’avoir été des témoins passifs. Les trois personnages se fondent et forment un portrait général de l’Amérique : maculée de traumas, de perversions, de secrets et de vengeances. L’homme s’y retrouve face à ses démons et s’en retourne à son histoire tout en se donnant des responsabilités qu’il croit valables mais qui souvent demeurent infondées (à l’image du sort final de Dave et de Jimmy). Eastwood ne les juge pas, préférant poser sur ces personnages miséricordieux un regard bienveillant et compatissant. Le film n’en demeure que plus majestueux.