legoutdelacerise01Qu’on se le dise, Abbas Kiarostami a réalisé de grands monuments mais Le Goût de la cerise n’est ni le plus emblématique, ni le plus enthousiasmant. On en viendra à la conclusion que le jury de Cannes 97 lui aura remis la palme essentiellement pour honorer la carrière de l’artiste et non le film lui-même. Cela dit, Le Goût de la cerise exploite des itinéraires intéressants : la caméra du cinéaste s’embarque sur les routes sinueuses des alentours de Téhéran pour nous donner un certain point de vue sur la société iranienne.

Monsieur Badii serpente les routes au volant de sa Range Rover. Il conduit au ralenti et scrute les badauds. Son but ? Trouver quelqu’un qui acceptera de recouvrir son corps de terre après qu’il se soit donné la mort.

legoutdelacerise02Les films de Kiarostami ont pour habitude d’être très politique. En revanche ils sont généralement moins métaphoriques que ne l’est Le Goût de la cerise. Le film met un bon moment à démarrer, ne serait-ce que pour bien définir les ambitions de Badii. Le choix des hommes que Kiarostami fait monter dans sa voiture est loin d’être anodin : le premier sera un militaire, le deuxième un séminariste. Tous deux refuserons de l’aider, fidèles aux commandements sacrés qui dictent leur conduite depuis la naissance. Mais si Kiarostami pointe du doigt ces ouvriers qui se tuent au travail ou cet homme qui erre dans le désert dans le but de trouver un complice à son suicide, c’est avant tout pour établir un contrepoint. Certes, la société obéit à des règles strictes, ce qui en un sens peut stopper tout épanouissement, mais d’un autre côté ce sont elles qui raccrochent les êtres à la vie et leur permettent de continuer à profiter des choses simples. Ce sermon relativement banal, quoique joliment mis en avant par le personnage de l’empailleur et son histoire de mûres, exprime à lui seul tout l’intérêt du film.

Kiarostami embelli son récit d’un décor aux tons ocres où la terre, malgré l’absence de mort, s’obstine à dominer et recouvrir les êtres. Le Goût de la cerise ou les rapports nauséeux entre l’homme et la nature. Un peu trop simple, bien que toujours élégamment mis en scène.