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Se lancer dans un film de Jacques Demy, c’est d’ores et déjà accepter d’entrer dans son monde. Si vous, spectateur du XXIème siècle, êtes étranger à ce genre de cinéma, alors l’univers du cinéaste pourrait vous sembler mièvre et désuet de prime abord. Mais ne vous laissez pas submerger par les apparences, Demy est bien un auteur et sa filmographie l’une des plus fascinantes qui soit. Ses films forment une boucle. Chaque anecdote, chaque mot, chaque note est importante. Les Parapluies de Cherbourg est déjà le troisième chapitre de l’aventure après La Baie des anges et Lola où l’on a déjà eu l’occasion d’entendre le nom de Roland Cassard. Par ailleurs, il serait plus juste de commencer par l’un de ces deux films pour s’initier à l’univers en question et non directement à ce mythique monument qu’est Les Parapluies de Cherbourg. Bien que célèbre, il rebute généralement les spectateurs non familiers. Et pour cause, Demy part du principe que le cinéma ne doit pas être un reflet direct de la réalité mais un véritable spectacle où le quotidien n’a plus sa place.

 

 

 

Guy et Geneviève s’aiment d’un amour sincère. Malheureusement la guerre d’Algérie interrompt leur relation : Guy doit partir au front. Pendant son absence, la mère de Geneviève, qui voit cette relation d’un mauvais œil, encourage sa fille à fréquenter Roland Cassard, un charmant jeune homme rencontré par hasard. Mais très vite, Geneviève comprend qu’elle est enceinte…

 

 

 

lesparapluiesdecherbourg02L’histoire des Parapluies de Cherbourg est universelle. Le choix que fait Jacques Demy de s’associer à Michel Legrand pour en faire un opéra s’inscrit dans la même visée : la musique fera de son récit un mythe intemporel. Son but est simple : impliquer les spectateurs dans cette histoire banale, et leur extirper des larmes coute que coute ! L’affaire est dans le sac : le film gagne la palme cannoise, remplit les salles du monde entier et lance la carrière de Catherine Deneuve. Désormais, il fait partie des films français les plus célèbres qui soient. Avouons que le procédé n’est pas banal : voir des personnages chanter d’un bout à l’autre d’un film, on n’a jamais revu ça (excepté dans d’autres films de Jacques Demy lui-même). Bref, une expérimentation audacieuse qui a généreusement porté ses fruits.

 

 

 

lesparapluiesdecherbourg03L’univers de Demy est coloré, ses cadres travaillés et sa caméra extrêmement mobile. Le cinéaste s’écarte de plus en plus de l’esprit « nouvelle vague » qu’on pouvait encore ressentir dans Lola ou La Baie des anges. Les Parapluies de Cherbourg est un vrai drame dans une tradition presque plus théâtrale que cinématographique : aucun réalisme dans la forme. En revanche, le contexte choisi témoigne d’une peinture sociale évidente. Demy choisit comme élément perturbateur la guerre d’Algérie, un sujet délicat dans lequel très peu de cinéastes se seront lancés. Les dates sont précises et l’histoire soigneusement chapitrée (Novembre 1957 : le départ ; Janvier 1958 : l’absence ; Mars 1959 : le retour ; Décembre 1965 : le final).

 

 

 

lesparapluiesdecherbourg04Il en reste que tout ceci n’est qu’ambiance de fond. Nulle raison de s’en cacher, ce qui intéresse Demy avant tout, c’est l’histoire d’amour. Les personnages des Parapluies sont volontairement très peu creusés, s’en tenant à des sentiments modestes (quoique fougueux) et à une image sociale de rigueur. Fatalement, ces préoccupations sociales auront pourtant raison de l’intrigue amoureuse et finiront par prendre le dessus: Geneviève ne peut se satisfaire d’une image de fille-mère, elle devra se trouver un époux en l’absence de Guy. Les conventions gagnent la partie, laissant sur le bas-côté la passion qui habitait nos deux protagonistes. Bien que semblant un peu désuète de prime abord, la musique de Michel Legrand participe grandement aux émotions provoquées. « Non je ne pourrai jamais vivre sans toi » chante Geneviève. On la croit. Déchirement à chaque séparation, qu’il en soit de la première ou de la dernière. Ces Parapluies de Cherbourg, bien qu’un peu démodés, provoquent encore et toujours des émotions qui, bien que primaires, n’en sont pas moins intenses. Un film unique en son genre.