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Vu également à Cannes le prix du jury attribué cette année à l’italien Paolo Sorrentino pour Il Divo. Les rumeurs courent comme quoi Thierry Frémaux se serait ardemment battu pour que le film soit en compétition. Avouons que le sujet avait de quoi plaire à Sean Penn, le président du jury s’étant montré extrêmement demandeur en films politiquement engagés. Il sera servi. Sorrentino dresse avec Il Divo le portrait au vitriol de Giulio Andreotti, figure majeure du pouvoir italien ayant officié sept fois comme président du conseil et vingt-cinq fois comme ministre. Provoquant, le film l’est et n’a d’ailleurs pas manqué de faire son petit effet auprès d’Andreotti lui-même qui serait sorti furieux d’une projection privée.

ildivo02Nous, nous ne sommes pas sortis furieux du palais des festivals mais on baillait quand même un peu. Avant de se lancer dans l’aventure que représente Il Divo, je conseillerai à tout spectateur de sérieusement réviser la politique italienne de ces trente dernières années. Sorrentino s’amuse des hautes figures du pouvoir et leur confère tour à tour des surnoms divers et variés qui participent à leur portrait. A défaut d’être totalement tournés en ridicule, on retiendra d’eux une image typiquement burlesque. En tête, Andreotti himself, un Droopy migraineux qui cache bien son jeu. Bref, l’histoire d’un homme politique devenu guignol de l’info.

ildivo03Mais Sorrentino va bien plus loin que la caricature politique, religieuse et familiale qui souvent pousse au rictus. Il accuse. Andreotti aurait ainsi participé à nombre d’assassinats dont ceux du juge Falcone et du journaliste Pecorelli ; sans oublier l’affaire Aldo Moro pour qui il refusa de négocier avec les Brigades rouges. Sorrentino fait des bons dans le temps, zigzagant entre affaires politiques, soupçons mafieux et condamnations en tous genres. L’extravagance du propos va de pair avec le jeu bouffon du comédien Toni Servillo et l’image brillante de Luca Bigazzi. Mais il en reste que la narration, grossièrement éclatée, finit par lasser. On se perd dans ces accusations, tant et si bien que le contexte leur donne des airs d’élucubrations. Peu convainquant, donc. Il faudra repasser. Pour ça, on compte bien sur le cinéma italien qui depuis quelques temps semble s’en tenir exclusivement aux sujets politiques. Franchement, et si on passait à autre chose ?