31 mai 2008

Place aux jeunes (Leo McCarey, 1937)

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McCarey et le public, c’est une grande histoire d’amour. S’il est pourtant une exception qui échappa à la règle, c’est ce film, Place aux jeunes, un insuccès commercial qui demeurera malgré tout le préféré de son auteur. Lors de l’élaboration, McCarey dérogea à sa règle d’or comme quoi le spectateur doit toujours ressortir de ses films avec le sourire. Ici, les larmes qui coulent sur nos joues ne sont pas de joie, mais bel et bien de désespoir.

Lucy et Barkley Cooper ont eu une vie bien chargée. Lui était comptable et rapportait l’argent au foyer. Elle élevait du mieux qu’elle le pouvait ses cinq enfants. Désormais, Lucy et Barkley ont cessé de travailler et coulent de vieux jours dans leur modeste demeure. Seul souci : il n’y a plus d’argent en caisse et leurs biens s'apprêtent à être saisis. Le couple se voit contraint de prévenir les enfants. Alors que Lucy part vivre chez son fils George, Barkley est hébergé par sa fille Cora. La séparation est dure, et vivre avec la descendance s’avère moins facile qu’ils ne le pensaient.

placeauxjeunes02McCarey atteint avec ce film une intensité émotionnelle rare. Lucy et Barkley sont deux amants contraints de vivre loins l’un de l’autre. On connaît bien ce genre de synopsis, la séparation étant généralement une simple étape dans la plupart des belles histoires d’amour. La différence ici est que les deux personnages principaux sont en fin de parcours. Lucy théorise sur le bonheur, avançant que certains y ont droit au début de leur vie, d’autres au milieu et d’autres à la fin. Notre couple a eu une belle existence, c’est donc sur le final que leur histoire s’effondre. La séparation est d’autant plus cruelle qu’elle brise une routine passionnée. Certes, McCarey s’applique à nous décrire le quotidien de chaque personnage séparément. Il suffira pourtant d’une simple virée à deux pour nous convaincre de la solidité de leur couple. Le récit est incroyablement fluide et l’interprétation touchante à souhait. Victor Moore et Beulah Bondi jouent au ralenti, creusant le fossé qui les sépare de leurs enfants à raison de simples gestes.

placeauxjeunes03Tant d’émotion amène inévitablement au constat social et moral. On n’est pas étonné de savoir que ce film ait été mal reçu dans le sens où McCarey s’est appliqué à le rendre on ne peut plus réaliste. L’argent mène la danse, bravant le respect que l’on doit à tout être humain. La solidarité et la compréhension ne marchent que dans un sens. Lucy et Barkley sont chaleureux, dévoués, aimants, compréhensifs alors que leurs enfants sont rongés par l’ingratitude et la cupidité. Dans une société aussi matérialiste, il n’y a pas de place pour les vieillards. Le commandement « tu honoreras ton père et ta mère » est bel et bien bafoué. La dernière scène du film, déchirante, nous en convainc plus que jamais. McCarey dresse ici un chef d’œuvre émotionnel et moral qui fait encore sens dans notre société actuelle. On en est terrifié et désolé.

Posté par twain81 à 23:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Place aux jeunes (Leo McCarey, 1937)

    Un très grand film, d'une émotion unique.

    Posté par VincentLesage, 15 décembre 2008 à 10:20 | | Répondre
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