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Contemporain de la Nouvelle Vague, Pialat en a pourtant réfuté les codes pour suivre sa propre voie. Au regard de la tendance actuelle, le cinéaste était un visionnaire. A la différence d’un Truffaut, Pialat ne cherchait nullement à brosser son public dans le sens du poil. Bien au contraire, il lui jetait la noirceur de son quotidien au visage. Nous ne vieillirons pas ensemble est très archétypal en son genre. Ou comment intégrer la caméra dans une vie de couple à la dérive, tout en maintenant une vérité dite « absolue », généralement futile en cinéma.

Jean vit avec Catherine une relation passionnée mais tortueuse depuis six ans. Sa femme, Françoise, ne l’ignore pas. Ruptures et réconciliations se succèdent mais Catherine supporte de moins en moins le caractère phallocrate de Jean. Elle décide de l’abandonner.

nousnevieillironspasensemble02Comme à son habitude, Pialat fait preuve d’une mise en scène extrêmement rigoureuse allant de pair avec un montage tranché dans le vif. La démarche, sans être foncièrement ontologique, n’en est pas moins psychologique. Pialat touche à la vérité de son couple, à ses besoins, à ses joies et à ses tortures. Nos deux êtres sont profondément liés. Catherine a besoin de Jean, acceptant son caractère et ses caprices à répétition. Lui étant cinéaste, on se demande s’il n’y a pas là une trace biographique concernant Pialat lui-même. Quoi qu’il en soit, le cinéma sert de prétexte quant à la solidité du couple (l’art faciliterait la passion parait-il…). L’auteur insiste pourtant sur les défauts qui viennent majoritairement de l’homme. Si le quotidien nous fait sourire, c’est simplement parce qu’il ressemble au notre (on ferait d’ailleurs mieux d’en pleurer). L’amour de Jean, qu’il laisse éclater à la fin du film, résonne comme une rédemption ayant pour but de reconquérir la femme aimée. Le propos est violent et le constat amer. Catherine est une femme de son temps, elle est passée à autre chose, donc il doit passer à autre chose.

nousnevieillironspasensemble03Ainsi, contrairement à ce qu’on pourrait croire au début du film, c’est Catherine qui finit par mener la danse. Marlène Jobert prête ses traits enfantins et son corps fluet à une femme qui ne demande qu’à s’affirmer et à revendiquer sa personnalité. Face à elle, Jean Yanne est royal, sincère car à fleur de peau, maladroit car malheureux. Le film date de 1972, un temps où la révolution féminine bat son plein, en France comme ailleurs. L’occasion pour Pialat de revenir sur la définition du couple. Nous ne vieillirons pas ensemble est un film réaliste, et par conséquent difficile, qui répond à une interrogation on ne peut plus délicate : comment l’amour peut-il s’évaporer ?