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Le Bonheur. Un titre qui pourrait très bien résumer l’ensemble de l’œuvre d’Agnès Varda. Un thème large qu’elle se plaira à décliner de film en film, de Cléo de 5 à 7 à Les Glaneurs et la glaneuse en passant par Sans toît ni loi. Mais pour être plus juste faudrait-il plutôt parler de la « quête » et du « maintien » du bonheur. Car aussi triste que cela puisse paraître, chez Varda toute harmonie, aussi intense soit-elle, n’en est pas moins éphémère.

François, Thérèse et leurs deux enfants forment une famille heureuse. François rencontre alors Emilie, une postière qui devient sa maîtresse. Son nouveau bonheur complète l’amour qu’il porte à sa femme.

lebonheur02Sorti en salles trois ans avant les évènements de 68, Le Bonheur en a déjà la verve. Sans aller jusqu’à l’apologie de l’adultère, Varda propose une réflexion sur le couple où mariage et libertinage vont de pair. Le propos est globalement naïf, les personnages se satisfaisant de leur simple vie et n’ayant d’intérêt que pour leur propre bonheur et celui de leur entourage. François, bien que commettant l’adultère, n’est pas détestable pour la simple et bonne raison qu’il est guidé uniquement par l’amour. Ainsi, sa relation avec Emilie ne fait qu’embellir les sentiments qu’il porte à sa femme, Françoise. Mais la révélation de l’adultère, si elle bien acceptée en apparence, plongera les personnages dans le drame.

lebonheur03Varda à plein tube. La grande dame du cinéma français brille par une mise en scène élégante et efficace. Elle pose un regard attendri sur les êtres, conférant à la naïveté apparente de son récit et de ses dialogues un charme unique. Couleurs, décors et costumes sont à l’unisson pour accompagner les sentiments des personnages. Si au début tout n’est que rouge, rose, jaune et vert, la fin donnera son lot de gris, de mauve et de noir. Mais si les êtres sont sensibles et constamment confrontés à des malheurs, ils ne perdent pas pour autant l’objectif qui leur permet de continuer à vivre : encore et toujours, le bonheur. Ainsi pour le décrire, Varda pioche dans ce qui lui plait : l’impressionnisme, les bébés, Mozart, les fleurs, etc. ; le tout cadré très harmonieusement et monté de façon non conventionnelle mais tout à fait explicite. Le propos n’en est que plus personnel, Varda étant l’une des rares cinéastes à nous émouvoir au seul moyen de la forme. Le film ne dure qu’une heure et quinze minutes, un prétexte idéal pour croquer ce beau morceau de bonheur dès que le moment se présente. Vous auriez tort de vous en priver.