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Je ne connaissais pas Johnnie To. D’ailleurs, l’une de mes dernières grosses bêtises fut d’avoir loupé la rétrospective qui lui était consacrée à la Cinémathèque et qui m’aurait permis de rattraper le coup. Mais non, il aura fallu attendre Sparrow, le quarante-neuvième film du maître, pour m’initier à son univers. Après la séance la culpabilité me rattrape inévitablement : à l’évidence, To est un génie formel. Comment ai-je pu passer à côté ? Car si Sparrow n’est pas un film parfait, on ne doute pourtant pas une seule seconde des aptitudes de son auteur. Un film mineur aura donc suffit à me convaincre.

A Hong-Kong, Kei est le chef d’un gang de pickpockets. Lorsqu’il ne pille pas, il prend plaisir à arpenter la ville sur son vélo avant de la photographier sous tous les angles. Un jour il croise le regard d’une ravissante inconnue, Chun Lei. Ensorcelé, il fera tout pour la retrouver. Curieusement, la jeune femme rencontre également les autres membres du gang qui ne restent pas moins indifférent. De toute évidence, elle ne les a pas choisis par hasard.

sparrow02« Sparrow » est un mot qui désigne à la fois un oiseau et un pickpocket. Les deux sont rassemblés lors de la première scène, d’ores et déjà majestueuse, où l’on devine aisément que l’entente est de mise entre les deux êtres. Les couleurs fusent, chaque mouvement contribue au plaisir des yeux. Il n’en aura pas fallu plus à Johnnie To pour nous embarquer dans son univers formel. Pour ce qui est du récit, en revanche, tout n’est pas aussi limpide qu’on l’aurait souhaité. De toute évidence, se lancer dans une « comédie romantique » (si on peut désigner le genre ainsi) est une affaire délicate pour le cinéaste. On retiendra facilement les scènes de séduction, souvent comiques (dans l’ascenseur), parfois intenses (dans la décapotable), malgré tout insuffisantes pour combler comme il se doit l’intérêt du spectateur. Le récit est malheureusement trop instable et parsemé, parfois à la limite du compréhensible.

sparrow03Mais même si l’on a eu tendance à se lasser des images à tel ou tel moment, tout sera pardonné en l’espace d’une seule scène. To ne manque pas de références tout au long de son film, et même si la virtuosité de ses pickpockets n’égale pas celle des personnages de Bresson, force est de constater que lorsqu’il lorgne du côté de Demy, il assure grave ! La scène finale sous les parapluies est un véritable ballet enchanteur. Une image splendide, un montage extrêmement minutieux, une musique céleste (signée des français Xavier Jarmaux et Fred Avril), bref, l’ensemble atteint la perfection ! C’est ainsi que même en spectateur novice, il n’y a pas de doute, j’affirme que Johnnie To est un maître. Finalement, il aura suffit d’une seule scène pour en être convaincu…