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Les films américains dits « indépendants » portent une étiquette qui ne leur sied guère. Développés partiellement en marge du système hollywoodien, ils disposent d’une marque de fabrique commune dans leur approche du langage cinématographique : la platitude ! Les indépendants se sont plu à troquer toute ingéniosité en terme de mise en scène contre un label identitaire qui, très franchement, ne vaut pas grand-chose. Qu’est ce que l’ « indépendance » en cinéma si elle s’arrête à un groupe sans aller jusqu’à identifier l’artiste ? Certes, il y a des exceptions (pour exemple citons le Into the wild de Sean Penn). Néanmoins on reste frustré face à Transamerica comme ce fut le cas pour Little Miss Sunshine ou Juno. Les scénarii ont des potentiels non négligeables mais la mise en scène de leur(s) auteur(s) finit inévitablement par entacher le propos. En général si ce genre de film vous reste en tête après les avoir vu, ce n’est jamais grâce à l’ingéniosité du montage ou du découpage. Il faut alors chercher les raisons ailleurs.

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J’ai vu Transamerica à sa sortie il y a déjà plus de deux ans. Récemment, en me promenant dans les rayons de La Fnac j’ai vu le DVD en solde. Après une hésitation relativement courte, je l’ai finalement acheté puis revisionné. Comme la majorité des films dits indépendants, le film ne brille pas par sa mise en scène et pourtant je n’hésiterai pas à le qualifier de « marquant ». Duncan Tunker, dont c’est le premier film, a été assez malin pour collaborer avec le couple Macy-Huffman. En effet, William H. Macy produisit le film avec enthousiasme et détermination, certainement boosté par le premier rôle féminin interprété par son épouse, la parfaite Felicity Huffman que l’on connaît pour être l’une des célèbres Desperate Housewives. Or, l’interprétation est certainement le point fort déterminant du film. Huffman incarne Bree, un transsexuel qui découvre avoir un fils, Toby, quelques jours seulement avant son opération. Incarcéré dans une prison de New-York, le jeune homme n’a ni famille ni repère. Bree part à sa recherche et tente de l’orienter sur le droit chemin.

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L’idée initiale est excellente : choisir un transsexuel comme personnage principal relève de l’audace. Le jeu de Felicity Huffman est hors-norme, chaque tic ou mouvement invitant à l’interrogation quant au sexe de son personnage. Kevin Zegers (Toby) joue sur une toute autre corde, l’instabilité de son caractère invitant au doute quant à sa sexualité. Bree et Toby forment ainsi un duo de cinéma bien peu commun. Placés côté à côté, ils pourraient incarner à eux deux l’ensemble de ce que la société aime appeler des « tares » en matière de sexualité. Le discours de Tucker en appelle tout simplement à la tolérance. Pour ce faire, il use ingénieusement de la structure du road-movie en alternant les scènes comiques et dramatiques ; le tout parsemé d’images quasi-documentaires qui accompagnent Bree psychologiquement et physiquement, à la fois dans la quête spirituelle qu’elle entretient avec son fils et dans l’approche de son opération. Le rythme est efficace et le film finalement touchant, assez déjanté et pour le moins unique. Pari tenu : Tucker a désormais le spectateur dans sa poche. Certes sa mise en scène déçoit, mais il va de soi qu’il a tout d’un bon scénariste. On s’en contentera.