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Il est exclu qu’un film comme celui-ci sorte aujourd’hui en salles. Le sujet d’Ecrit sur du vent a tout d’un soap américain : une famille texane pleine aux as, des sentiments exacerbés, des meurtres en veux-tu en voila,… Bref, nous ne sommes pas très loin de Dallas. Voila certainement la raison pour laquelle ce film n’apparaît pas comme le meilleur de Douglas Sirk à ceux qui le découvrent aujourd’hui, alors qu’à l’époque il permit à l’auteur d’appuyer sa renommée. A s’en tenir au genre, il est vrai qu’Ecrit sur du vent a tout du mélodrame-type : argent, sexe, enfant et honneur sont au programme. Sirk nous emmène au Texas dans la demeure familiale des Hayden. Le père (Robert Keith) a réussi à faire carrière dans le pétrole mais se morfond aujourd’hui de voir ses enfants tomber dans la déchéance : Kyle (Robert Stack) a versé dans l’ivrognerie et sa sœur Marylee (Dorothy Malone) collectionne les amants d’un soir. Kyle a pour ami le géologue Mitch Wayne (Rock Hudson) à qui on le compare exagérément depuis son enfance. Un jour, Mitch présente Lucy Moore (Lauren Bacall) à Wayne qui en tombe amoureux et l’épouse. Or, Mitch est lui aussi amoureux de Lucy. Quant à Marylee, elle est depuis toujours dévouée à Mitch bien que celui-ci s’acharne à la considérer telle une sœur. En bref, les passions vont bon train sous le toit des Hayden, engendrant plus de drames que de joies.

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Bien que le script dispose de tous les éléments essentiels à la série télévisuelle, Sirk l’élève généreusement au rang d’œuvre cinématographique. La trame se construit autour de quatre personnages : deux représentent la famille maudite (Stack, Malone), et deux autres les victimes happées par ladite famille (Hudson, Bacall). Quoique dans ce tourment de sentiments, qui peut vraiment se prétendre coupable ou victime ? Les personnages se laissent guider par leurs passions, plongés dans une atmosphère on-ne-peut-plus baroque. Sirk navigue dans le genre qui lui sied au mieux, à savoir le mélodrame. Il exploite la famille Hayden, reflet d’une société bourgeoise ridicule qu’il s’amuse à pointer du doigt. Et en effet, Kyle est pathétique, indéfinissable car à la fois à la limite du « méchant » et de la « victime ». Bref, un personnage triste, qui encourage à la pitié et à qui l’on ne peut s’identifier. Sa sœur Marylee (Dorothy Malone, parfaite) est une fille perdue depuis toujours, enfant dans l’âme qui n’a su se détacher d’une promesse autrefois écrite dans le vent, et qui depuis s’en console en passant la nuit avec des inconnus choisis en bord de route. Sirk a minutieusement creusé la back story de chaque personnage, insistant comme il se doit sur la tragédie qui atteint la famille Hayden contre son gré.

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C’est finalement la forme du film qui rendra le sujet définitivement noble. On reconnaitra à Sirk sa grande préciosité dans la façon de construire les cadres en s’appuyant sur des couleurs vives qu’il veut toujours plus symboliques. Le rouge, le vert, le bleu éclatent l’écran. La lumière symbolise à tout va, conférant aux personnages qui s’y meuvent une dimension mythique, de même que l’éclat des costumes ou des décors. Appuyant le romantisme, invitant à l’action, prévoyant le drame ou suggérant le sexe, les couleurs des films de Douglas Sirk magnétisent notre regard et invitent à s’abreuver avec délice des mouvements du récit. La mise en scène va de pair avec cet objectif, Sirk faisant preuve d’une grande virtuosité dans la plus belle tradition des œuvres classiques qui le précédèrent. On retiendra particulièrement la scène de danse envoutée de Marylee au moment même où son père est frappé d’une crise cardiaque après qu’on lui ait rapporté à quel point sa fille était une débauchée. Le propos est solennel, souvent porté par une musique lyrique tout à fait adéquate. Une fois le film terminé, on réalise à quel point Douglas Sirk était un grand auteur. Plus question d’avoir honte de se délecter d’un roman de gare, le cinéaste a définitivement prouvé qu’il y a du beau dans toute romance.