27 juillet 2008

Assurance sur la mort (Billy Wilder, 1944)

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Sur le grand arbre généalogique Hollywoodien, Billy Wilder fait partie de la deuxième génération ; en l’occurrence celle qui n’a pas connu le cinéma muet et qui a du attendre les années 40 pour s’emparer des studios. Wilder a eu pour maître Ernst Lubitsch, le roi de la comédie. Il suffira de citer ses réussites en la matière pour constater qu’il en fut le digne successeur : Certains l’aiment chaud, Sept ans de réflexion, La Garçonnière, Embrasse-moi idiot, etc. Pourtant ce n’est pas en comédie que Billy Wilder se lança à la poursuite du succès. Ses premières lettres de noblesse, il les gagna en se risquant dans le domaine du film noir, genre nouveau créé par un autre cinéaste de la deuxième génération : John Huston dont Le Faucon Maltais fit sensation en 1941. Or déjà en 1944, le genre a besoin d’un nouveau souffle. C’est Billy Wilder qui le lui donnera avec ce qui fut son premier chef d’œuvre : Assurance sur la mort. L’histoire est celle d’un courtier en assurances, Walter Neff (Fred MacMurray) qui s’éprend de la femme de l’un de ses clients (Barbara Stanwyck). Avec elle, il organise et exécute l’assassinat de l’époux en prenant soin auparavant de lui faire signer à son insu une police d’assurances sur la vie. Mais une enquête est menée par Barton Keyes (Edward G. Robinson), collègue et ami de Neff, compliquant inévitablement le plan échafaudé par les deux amants.

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Et le film est bel et bien une grande réussite ! Le scénario, tout d’abord, est sans conteste l’un des meilleurs qui ait été écrit pour le cinéma. Wilder s’est associé au romancier Raymond Chandler pour le rédiger. Or, si ce dernier à trouvé le travail avec le cinéaste extrêmement éprouvant, il n’en fut rien pour Wilder qui fut enchanté par une telle composition à quatre mains. Assurance sur la mort met en place de nouveaux codes en ce qui concerne le genre du film noir. Les nouveautés démarrent dès le début du récit lorsque le héros s’assoit derrière un bureau et commence à confesser sur un dictaphone le meurtre dont il fut l’auteur. On comprend d’ores et déjà que le suspense ne reposera pas sur la résolution. Tout est dévoilé : le pourquoi, le comment, l’endroit, le moment, les témoins, les alibis, les complices, etc... Wilder fera naître le suspense ailleurs. En effet, tout se jouera sur l’intellect de ses personnages car finalement tous sont fins stratèges mais contrairement aux apparences ne jouent pas dans la même cour. Qui dupe qui ? Au cœur de cette effusion de ruses opère l’enquêteur, élément essentiel à la narration ici incarné par Edward G. Robinson. La vérité devient ainsi une menace qui plane sur le héros et sa maîtresse. Au fur et à mesure que l’intrigue se poursuit, le but initial de l’opération (à savoir l’argent) file littéralement entre les doigts du couple, tant et si bien qu’ils ne pensent plus qu’à sauver leur peau. Intelligence de Wilder qui instigue de la fatalité à son film, élément nouveau pour le genre. Le héros signe son arrêt de mort dès lors qu’il élabore son plan d’assassinat. Les personnages sont extrêmement construits, Wilder ne négligeant aucun de leurs intérêts. Aucun compromis n’est alors possible entre eux, leur fin ne peut être que tragique. Eux-mêmes finiront d’ailleurs par le comprendre, finalement prisonniers de leur propre intelligence.

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Outre son scénario élégamment ciselé, Wilder a fait un choix judicieux concernant son casting. Edward G. Robinson, habitué des rôles d’assassins, est judicieusement utilisé à contre-emploi dans le rôle du détective (dans lequel il excelle). Il en va de même pour Fred MacMurray qu’Hollywood a toujours cantonné aux rôles comiques et qui pourtant fera mouche dans la peau du héros-meurtrier. Enfin, Barbara Stanwyck ainsi parée de sa perruque blonde, fait une femme fatale parfaite. Sensuelle, perverse, cupide, sauvage, bourgeoise : elle devient un archétype en soi. Ajouté à cela, la finesse des dialogues, l’agilité de la narration et les quelques bribes comiques qui s’insèrent par ci par là (merveilleuse scène où Stanwyck est convoquée dans le bureau du patron de MacMurray et Robinson en leur présence), le ton unique de Billy Wilder ne peut que séduire. Assurance sur la mort est sa première œuvre importante et à mes yeux, le meilleur film noir qui soit.

Posté par twain81 à 19:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Assurance sur la mort (Billy Wilder, 1944)

    De Wilder je n'ai vu que Sunset Blvd (chef d'oeuvre absolu, un de mes films préférés) et Some like it hot que j'adore également. Autant dire qu'Assurance sur la Mort me tente beaucoup...

    Posté par stalker, 29 juillet 2008 à 13:59 | | Répondre
  • Réponse à Stalker

    Celui-ci est + de la même veine que "Sunset Bvd". Je te le conseille vivement !

    Posté par twain81, 02 août 2008 à 10:12 | | Répondre
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