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Les studios Pixar n'en finissent plus de nous surprendre ! A ceux qui rendaient gloire à Kung-Fu Panda je conseille vivement d'aller voir WALL•E pour qu'ils discernent plus exactement ce qui se fait de nouveau dans le monde de l'animation. Car proposer de la nouveauté en dessin animé n'est pas chose facile. Comme toujours, les productions Pixar sont encore seules à repousser ces limites sur le territoire américain. Le public visé est exactement le même que celui qui se précipitait pour voir Blanche-Neige, Le Livre de la jungle et autres Roi Lion il y a des années de cela, à savoir des enfants mais aussi des adultes. Preuve est faite : Pixar pratique la même politique et se fait une règle d'or de ne pas resservir les mêmes recettes deux fois. Ainsi, si WALL•E succède au fameux Ratatouille, il s'y oppose également, si tant est que le film de Brad Bird était justement du point de vue scénaristique bien plus proche de la méthode traditionnelle des antiques studios Disney. WALL•E est un véritable contre-pied, pari fou lancé par Andrew Stanton qui nous a déjà prouvé l'étendue de son talent avec le très joli Monde de Némo. WALL•E a tout du projet bateau qui peut traîner indéfiniment dans les cartons, espérant son adoption par un génie quelconque qui pourrait rendre crédible son accomplissement.

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Un paysage sec, poussiéreux, hostile. Vous croyez être sur Mars ? Détrompez-vous, nous sommes sur la Terre ; la seule différence étant que l'homme s'en est échappé depuis plusieurs centaines d'années, laissant pour charge à des robots tels que Wall•E le soin de nettoyer leurs dégâts sur l'environnement. De ses confrères droïdes, Wall•E demeure le seul survivant mais continue coûte que coûte d'effectuer l'unique tâche pour laquelle il a été conçu. Accessoirement, les années durant il s'est forgé une personnalité et s'est amusé à stocker briquets, vieilles VHS et autres fourchettes dans son mini-musée personnel. Mais le petit robot n'est pas heureux pour autant : il est seul et s'ennuie amèrement. C'est alors qu'un jour débarque EVE, droïde envoyé par les hommes pour vérifier si la terre serait par chance redevenue habitable. Le petit robot tombe amoureux et se fera un devoir de suivre sa dulcinée par monts et par vaux.

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Mine de rien, outre la passible naïveté du propos, Pixar fait preuve pour la première fois d'un point de vue politique. Si Ratatouille invitait à manger sainement, WALL•E n'en propose pas moins et encourage tout un chacun à prendre soin de notre Terre bien aimée. On sait que le dessin animé, parce qu'il est de prime abord réservé aux enfants, dispose toujours d'un quota de morale. On sera reconnaissant aux studios Pixar de sous-entendre leurs leçons de vie et non plus de les énoncer en discours direct comme s'efforcent encore de le faire la plupart des films d'animation. Certes, il va de soi qu'une telle méthode, aussi adulte soit-elle, se risque à quelques revers. Se passer du discours direct et préférer faire parler les images d'elles-mêmes invite à l'interprétation. Or, il y a bel et bien dans WALL•E une critique de la société de consommation (les humains obèses et passifs) qui fait quelque peu oxymore avec la politique dans laquelle sont engagés depuis toujours les studios Disney. Sur ce point les avis sur le film ne pourront en être que mitigés. Si certains le renieront pour cette raison (à mon avis quelque peu anarchiste), je préfère acclamer Andrew Stanton d'avoir su défendre un tel projet et faire de WALL•E un film d'auteur. Suffit-il pour s'en convaincre de s'attarder sur les trente premières minutes de film, quasi-muettes, drôles et impeccables plastiquement parlant. Nous nous en retournons aux cartoons des débuts, aux films muets, à une langue cinéma encore universelle. Etrangement, l'effet est tout à fait moderne. La première partie du film est ainsi, de la découverte de Wall•E et sa rencontre avec EVE jusqu'au départ vers leur voyage interstellaire. La suite sera scénaristiquement parlant plus traditionnelle mais non moins réussie. La nouvelle tâche de Wall•E consistera à se liguer avec les humains pour reprendre le contrôle de leur flotte spatiale, alors dirigée par les robots (la référence au 2001 de Kubrick est loin d'être discrète). Une deuxième partie donc plus conventionnelle mais finalement primordiale : on est encore chez Disney, sponsor officiel de la happy end mirobolante, ne l'oublions pas !

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Enfin, ajoutons que WALL•E dispose d'une esthétique tout à fait remarquable. Pixar n'avait pas encore exploré l'espace, or la parade d'EVE et de Wall•E déambulant sur son extincteur en frôlant les anneaux de Saturne vaut son pesant d'or. Il en reste que l'élément majeur de la conception repose sur la création même du personnage. Avec Cars, les studios s'efforçaient de nous faire croire que des voitures pouvaient avoir un cœur sous leur capot (ce à quoi ils parvenaient au final). Dès le début de WALL•E, on comprend d'ores et déjà que notre personnage a un cœur gros comme ça. Ainsi se poursuit l’efficacité made in Disney-Pixar : le divertissement naît tout d'abord de la crédibilité d'un personnage. Wall•E est mignon, courageux, mobile, efficace et amoureux. Comment ne pas tomber sous son charme ? Une fois le public conquit via les yeux de notre héros, ne reste plus qu’à se laisser guider dans une histoire hors du commun comme seuls les studios Pixar savent les mettre sur pied. Encore une fois, on est tombé dans le panneau et on est loin de le regretter. En ce jour d’été 2008, WALL•E est encore la seule grosse production vraiment digne d’être vue en salles. Courez-y sans hésiter !