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Si l’on connaît Michael Mann pour être un excellent réalisateur de films d’action, Le Dernier des Mohicans vient prouver qu’il ne s’investit pas moins dans ses œuvres de commande. Difficile de définir le film en question : western, film d’aventures, en costumes, épopée grandiloquente… tous les qualificatifs se confondent et font de l’œuvre une légende américaine dans la même veine que le Danse avec les loups de Costner (1990) et le Braveheart de Mel Gibson (1995). L’histoire nous ramène au XVIIIème siècle, en 1757 dans l’Etat de New York plus exactement où Anglais et Français mènent une guerre acharnée pour la conquête des territoires indiens. Duncan Hayward, jeune officier anglais, est chargé de mener les sœurs Munro, Cora et Alice, jusqu’à leur père, colonel d’un fort assiégé par les Français. Ils sont sauvés d’une embuscade par Hawkeye, frontalier d’origine européenne élevé par le Mohican Chingachgook aux côtés de son fils Uncas. Les trois hommes se font un devoir d’escorter les jeunes filles jusqu’à leur destination.

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Si Mann a très nettement mis à nu ses intentions d’auteur à travers l’action qui parcourt ses films récents (Collateral, Miami Vice), on peut déjà percevoir quelques unes de ces frasques, minoritaires quoique marquées, dans des films plus anciens tel que Le Dernier des Mohicans. La violence, puisque c’est de cela qu’il s’agit, se contente d’être frôlée à défaut d’être montrée de plein fouet. Il en demeure que les plans larges, aussi construits soient-ils, invitent à remarquer l’homme qui se fait scalper en bord cadre droit, sans qu’il soit pour autant le sujet direct de l’action. De même, le hors-champ est traité d’une façon tout à fait singulière. Ainsi, lorsqu’un indien plonge sa main dans un corps pour en extraire le cœur d’un soldat, le cinéaste préfère masquer le cadavre gisant tout en laissant deviner les bras de l’indien alors en pleine action. La violence est ainsi portée à la limite de l’aperçu, tant et si bien que le spectateur la visualise sans peine, la suggérer suffisant à la rendre plus extrême. Parallèlement, en se limitant à faire exploser les corps tout en laissant deviner la force d’une telle violence (ne nous leurrons pas, les producteurs ont du faire pression), le film devient plus crédible lorsqu’il s’aventure sur des terres plus romancées. Ainsi, la passion qui s’empare de Hawkeye (Daniel Day-Lewis) et Cora (Madeleine Stowe) permet à Mann de livrer les plus belles scènes d’amour de sa filmographie, la plus impressionnante étant de toute évidence la déclaration ultime d’Alice à Uncas.

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Comme souvent, tout devient affaire de dosage. Le film satisfera autant les amateurs d’actions que les assoifé(e)s d’histoires d’amour. Mann joue pourtant sur la corde raide : la durée de son film est loin d’être proportionnelle à l’épaisseur du roman d’origine. De ce fait, les personnages et les relations qui se nouent entre eux sont peut-être moins crédibles que sur le papier. Mais les acteurs mettent du leur, et même si la première scène d’amour sous les étoiles peut sembler un peu trop romancée, elle n’en est pas moins efficace. Car Michael Mann est rusé et ne manque pas d'astuces pour détourner l’attention. Compensant aux légères faiblesses du script, il accentue son regard sur les détails historiques (en grande pompe : costumes, décors, armes à feu, avec en bonus un french director pour faire le méchant, j’ai nommé l’éclectique Patrice Chéreau) et surtout sur les paysages américains. La nature devient le sujet du film. Les plans larges abondent, idéalisant chaque recoin de verdure sur lesquels se pose suavement la musique mythique de Trevor Jones et Randy Newman. Le film gagne ainsi un second degré que vient appuyer le titre. Nous nous délectons d’une romance bien européenne à l’heure où les forêts perdent leur virginité et où les indiens natifs d’Amérique mettent un terme à leur Histoire. C’est ainsi que la sagesse de l’image surpasse une efficacité narrative pourtant juste, proclamant Le Dernier des Mohicans en film noble. Bien entendu, à voir.