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Revoir Lost in translation et chaque fois l’aimer davantage. Le deuxième film de Sofia Coppola, s’il a déjà cinq ans, n’en reste pas moins archétypal de toute une modernité cinématographique. Il aura suffit d’un scénario modeste construit autour d’une trame assez simple, le tout baigné dans une atmosphère poreuse et porté par deux grands acteurs : la toute jeune Scarlett Johansson et le chouchou des auteurs US, Bill Murray. Deux tranches de vies. Si l’une semble commencer et l’autre s’éteindre, elles en sont pourtant au même point. Histoire d’une intersection, brève rencontre, amour on ne peut plus platonique à Tokyo. Bob, acteur américain sur le déclin, y est de passage pour tourner une pub pour du whisky. Sa vie est devenue bien morne, à tel point qu’il ne dort plus la nuit. Aucune lumière au bout du tunnel. Idem pour Charlotte, mariée depuis deux ans à un célèbre photographe qui n’a pas mis longtemps à la délaisser. Si elle a fait l’effort de le suivre à Tokyo, lui s’en est dépêtré vite fait bien fait, la laissant elle et ses insomnies dans un hôtel luxueux. C’est là que dans l’ascenseur, les âmes en stand-by de Bob et Charlotte se sont croisées.

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Lost in Translation fait preuve d’un véritable art de l’enchaînement. Le scénario n’est quasiment jamais boosté par quelque élément modificateur ou retournement de situation, et pourtant on reste accroché à l’histoire de cette rencontre entre deux êtres esseulés. Sofia Coppola persiste et signe : ici se dresse un véritable film d’auteur où les images suffisent à capter l’attention du spectateur. Et en effet, tout élément aussi infime soit-il, parle de lui-même, qu’il en soit de la brève utilisation d’une caméra portée ou de quelques notes de musiques sur un paysage. L’atmosphère est lourde, poreuse, brumeuse. Le Japon, terre étrangère, permet à la jeune Sofia de présenter ses marionnettes à fleur de peau. On rit des situations dans lesquelles s’empêtre Bob, Droopy pathétique, et l’on se prend facilement d’affection pour Charlotte, belle au bois dormant insomniaque. Nos deux héros subissent leur existence plus qu’ils n’en profitent dans le processus inverse d’une quête initiatique. Le Japon devient une terre de transition idéale : les publicités envahissent les rues, le soleil ne sort plus de sa tanière, les hommes vivent de nuit. S’amuser devient une nécessité lorsque nos personnages touchent finalement le fond, reclus dans leur chambre d’hôtel. Alors sortent les perruques roses et zou, direction le karaoké le plus proche. Réflexe. Tout n’est plus que mécanique, monde bouffé par la lassitude. Expirer sans inspirer.

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Ainsi va Lost in translation. Image plastifiée, scénario simplifié, cinéma new generation. Chez Sofia C. fille de Francis F.C. on part à Tokyo pour redéfinir Hollywood. Transition vers une méthode nouvelle. Plus question de se perdre.