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Détrompez-vous, Versailles ne s’attarde nullement sur les tribulations du roi Louis XIV. C’est dans les bois à l’orée du château que l’action se déroule, une terre réservée aux opprimés. Entre les arbres, des SDF ont construit des cabanons où, ainsi reclus, ils peuvent vivre en paix. Nina, qui erre dans les rues parisiennes avec son fils Enzo s’y retrouve par hasard et tombe nez à nez avec Damien, un vagabond plus ou moins satisfait de son état. Après une nuit passée dans sa cabane, elle lui confie son fils à son insu le temps de retrouver une condition de vie plus digne.

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Si Versailles s’en était tenu au simple constat social, il se serait fondu dans la masse des films contestataires que nous proposent régulièrement les jeunes cinéastes français. Mais Pierre Schoeller, loin de se morfondre dans le pessimisme, a creusé intelligemment son sujet et ses personnages de manière à se démarquer. On a de quoi imaginer que le film trouve sa source dans des faits divers, après quoi l’auteur a offert à ces personnages SDF une noblesse comparable à celle conférée par Hugo à ses Misérables. Schoeller s’attarde tour à tour sur trois points de vues : celui de Nina, celui de Damien et celui d’Enzo, trois approches différentes de l’exclusion. Le film y gagne en richesse. La mère incarne l’optimisme, ayant trouvé la force nécessaire pour s’en sortir. Damien, bien que râleur, a eu moultes fois l’occasion de s’extirper de sa condition ; il a préféré en faire une philosophie de vie. Et enfin il y a le petit garçon qui regarde les autres vivre. Il grandit au cœur de la forêt tel un homme des bois, partageant des plaisirs simples avec ses semblables. Tout ce dont il a besoin c’est d’être materné, or sur ce point il se trouve abandonné par deux fois. Jamais Schoeller ne s’attarde en politique. Loin de la desservir, il montre qu’il existe des centres de réinsertion, des foyers, des aides de toutes sortes. Le constat est tout autre : les hommes empêtrés dans la misère ont la sensation qu’ils ne pourront jamais s’en sortir. D’où l’optimisme ambiant malgré l’inévitable souffrance, incarnée de prime abord par la séparation de Nina et de son fils.

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Si les personnages sont privés d’identité, sans papiers, bénéficiant simplement de prénoms, ils n’en sont pas moins humains. Schoeller capte des gestes quotidiens qui gagnent en beauté par correspondance. Ainsi, tous les personnages sont montrés alors qu’ils accomplissent leur toilette, qu’il en soit de Nina, Enzo ou Damien mais d’autres également, comme cette vieille femme que Nina s’applique à laver lorsqu’elle devient aide soignante. Revient toujours le besoin de se décrasser de son état pour se justifier de sa condition d’humain. Bien sur, les jolies scènes naissent également de l’entraide entre les hommes, et notamment de cette relation toute particulière qui nait entre Enzo et Damien. On retiendra tout particulièrement la course effrénée de l’enfant à travers le château à la recherche de secours pour son tuteur gravement malade. Depardieu est parfait. En SDF bourru et mère de substitution, on comprend facilement qu’acteur et personnage ne font souvent qu’un. Il nous reste à souligner la beauté du silence qui parcourt ce film. On aura compris dès la première scène de dispute entre Nina et Damien qu’il ne vaut mieux pas parler de sa misère. Après tout, personne ne s’y complait. Eux se contentent de la vivre, nous de les observer.