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Le cinéma d’horreur trouve son point culminant à Hollywood dans les années 30. Fortement inspirés par le cinéma expressionniste allemand (reflétant lui-même à son époque la terreur provoquée par le IIIème Reich), les producteurs d’Universal en viendront à créer une série de fims de monstres dont les plus célèbres sont le Dracula de Tod Browning, le Docteur Jekyll et Mister Hyde de Rouben Mamoulian et ce Frankenstein signé James Whale. L’histoire, (très) librement adaptée de l’œuvre originale de Mary Shelley, conte la mésaventure du Docteur Frankenstein, jeune savant qui voulut égaler Dieu en insufflant la vie. Alors qu’il s’affaire à l’élaboration de son monstre en compagnie de son assistant Fritz, sa fiancée Elizabeth s’inquiète de son absence et flaire un mauvais présage. En compagnie du professeur de faculté de son époux et de son meilleur ami, elle s’empresse d’aller voir Frankenstein dans son laboratoire au moment même où il s’apprête à mettre la touche finale à son expérience.

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Le Frankenstein de James Whale est devenu un modèle, tant et si bien que sans même l’avoir vu, on a l’impression de déjà connaître la séquence où le monstre prend vie. On serait d’ailleurs tenté de dire que le film n’existe que pour cette scène tant les intrigues secondaires en viennent à lasser plus qu’autre chose. En effet le mariage du docteur Frankenstein (que l’on devine être la résolution finale) fascine bien moins que l’épopée du monstre. Boris Karloff, ainsi camouflé sous trois tonnes de maquillages, n’en est pas moins expressif. Très rapidement le spectateur se rallie à sa cause, Whale en faisant un être incompris, torturé par les hommes et finalement innocent. En témoigne la très jolie scène où il s’accroupit pour jouer avec une petite fille avant de la noyer par mégarde. Se dégage ainsi de beaux moments de poésie que viennent appuyer la beauté de la photographie. Inspiré par l’expressionnisme allemand, Whale insiste sur les contrastes entre noir et blanc sans lésiner non plus sur la grandiloquence des décors (le laboratoire, la scène finale dans le moulin, etc.).

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Frankenstein, emblème d’un cinéma autrefois destiné à terrifier, gagne avec les années des niveaux de lecture multiples. Certes, il est un plaidoyer pour la tolérance, mais également le film témoin d’une époque où les découvertes scientifiques allaient bon train. Or, quelle folie pour l’homme que de percer les mystères de la nature et d’oser défier les lois divines plutôt que de rester à sa place. Apparition du surnaturel sous les traits d'un monstre né de la folie de l'homme et de sa prétention à la toute puissance. Aujourd'hui, si les images ne provoquent plus beaucoup de frissons, le discours fait encore son petit effet.