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Qui d’autre à Hollywood aura su mieux parler des femmes que George Cukor ? Toutes les plus grandes ont tourné sous sa direction, d’Ingrid Bergman à Audrey Hepburn, de Greta Garbo à Marilyn Monroe, sans oublier sa muse d’entre les muses, la majestueuse Katharine Hepburn que l’on retrouve ici- même dans Madame porte la culotte. Cette-dernière, avec l’âge, a su développer une aura tout à fait unique. Bien que femme, son élégance et sa posture invitaient à la considérer à l’égal de l’homme. Tant et si bien qu’à l’aube des années 50, elle devient l’icône du féminisme. L’occasion pour Cukor de traiter le thème à vif, en transposant à l’écran le couple que forment à la ville Katharine Hepburn et Spencer Tracy.

Le procureur Adam Bonner (Tracy) se voit confier une affaire de tentative de meurtre : une femme a suivi son mari jusqu’au domicile de sa maîtresse pour ensuite tenter de le tuer d’un coup de révolver. Amanda (Hepburn), avocate et épouse de Bonner, décide de défendre l’accusée. Les deux juristes, malgré leurs efforts, en viendront à laisser l’affaire qui les oppose dans leur travail empiéter sur leur vie privée.

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Madame porte la culotte est loin d’être le film le plus drôle de George Cukor. Peut-être parce que ce n’est pas une comédie en soi mais plutôt un mélange de genres. Certes, l’aspect comique est bien présent, lié principalement à la relation Tracy-Hepburn, mais l’incursion vers le « film à procès » est également à souligner, un genre bien américain qui n’a jamais perdu de sa popularité outre-Atlantique. L’occasion pour Cukor de mettre en parallèle la justice et le mariage, et par conséquent l’homme et la femme. La femme est-elle à l’égal de l’homme face à un tribunal ? Telle est la question que soulèvera Katharine Hepburn, jusqu’à en arriver à convaincre son auditoire en renversant la balance. A Spencer Tracy de souligner (sans pour autant se faire entendre) que la justice est la même pour tous, la femme n’ayant pas plus de droits que l’homme pour transgresser les lois. Certes, Cukor parle « féminisme », mais malgré son habitude à toujours défendre le sexe faible, il n’est pas féministe pour autant. Il faut voir avec quel détachement il met en avant sa muse. Puisqu’elle est celle dont le point de vue compte majoritairement, Cukor la suit comme un petit toutou, tout en soulignant par-ci par-là les petites manigances assez sournoises via lesquelles elle séduit son auditoire, qu’il en soit des jurés, mais également de son époux (l’illustration par excellence étant la scène à la maison où en proie à une crise de larmes elle apitoie son époux avant de lui balancer un coup dans le tibia). Alors, conformément à la balance logique du scénario, Hepburn gagne son procès et perd son couple. Ce en quoi l’homme Tracy retourne les évènements à son avantage, en réemployant qui-plus-est les petites mesquineries de sa femme. On sait à quel point Cukor a souvent eu des différents avec ses acteurs (la fameuse engueulade avec Clark Gable sur Autant en emporte le vent), et bien il semble enfin avoir trouvé son double cinématographique en la personne de Spencer Tracy. Il est pour l’égalité des hommes et des femmes. Point barre. Vraiment soucieux de s’éviter quelque prise de parti (pépère le Cukor), il ira même jusqu’à conclure son film sur un étincelant « Vive la différence ! ». C’est dire.

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Mais si le film soulève de multiples problèmes de société, on regrette que sa trame soit si fine. Le couple que forment Hepburn et Tracy (extrêmement raffiné, cela va sans dire) se suffit bien trop souvent à lui-même. Cukor se repose sur eux, faisant de Madame porte la culotte une comédie de caractères inspiré du théâtre de boulevard (dont le générique à d’ailleurs pris les traits) et qui, souvent, manque d’engouement. Par-ci par là s’intègrent quelques personnages secondaires réjouissants à l’image du séducteur David Wayne toujours accompagné de sa chanson pour Amanda et dont on attend à chaque seconde le conflit fatal avec Tracy ; ou encore Jean Hagen (la gourdasse de Chantons sous la pluie) dont on se réjouit de pouvoir à nouveau écouter les jacassements infernaux. Mais au final, qu’en est-il ? Le film ne vaut pas vraiment pour son engagement féministe, ni pour son potentiel comique mais plutôt pour son couple d’acteurs. Hepburn-Tracy forment un couple glamour à souhait, désormais légendaire et le film immortalise en un sens leur rapport fusionnel. Il y aurait du documentaire là-dessous que ça ne m’étonnerait pas. Après tout, qui n’imagine pas Hepburn la porter cette fameuse culotte ?