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Sans être l’un des cinéastes les plus inventifs de sa génération, Sydney Pollack, disparu récemment, signa quelques chefs-d’œuvre qui n’eurent guère de mal à gagner la postérité. Il était de ces réalisateurs qui préfèrent l’indigence des contrées sauvage au grand confort des studios. La nature fait partie intégrante de son œuvre et, en la matière, Jeremiah Johnson fait office de profession de foi : soit l’odyssée d’un homme dégouté de la civilisation qui s’exile dans les Montagnes Rocheuses pour y vivre en trappeur.

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L’homme face à son destin. On en a vu des films à la Jeremiah Johnson, autant de parcours initiatiques ayant pour but de toucher du doigt la sagesse universelle via un passage par la nature et ses dangers. Cela dit, ils datent tous peu ou prou des années 90, le plus bel exemple étant certainement le Danse avec les loups de Costner. Toujours ce regard blasé sur la société, toujours ce besoin de solitude, toujours ces indiens qui rappliquent de ci de là. Le héros contemple et tâche de survivre ; après tout il n’a besoin de rien d’autre. Dans le genre, Pollack était donc un pionnier. Il traite ici brillamment de ce rapport qui lie l’homme à la nature. Robert Redford y trouve certainement l’un de ses plus grands rôles. Privé de dialogue, affublé d’un orphelin muet et d’une femme dont la langue diffère de la sienne, son jeu passe généralement par le regard. On ne peut être qu’étonné par l’expressivité dont il fait preuve. Il se met au service du metteur en scène, agréant son respect envers la nature. Pollack, quant à lui, opère une mise en scène discrète quoique tout à fait efficace. Il confère à Dame Nature un pouvoir souverain. Les paysages filmés en technicolor frôlent le sublime et n’en imposent que plus de respect. Le cinéaste laisse ainsi sa part de contemplation au spectateur : de ces montagnes découlent une sérénité sans nom, une religion sans limite ; bref, une renaissance totale.

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Pollack ne semble avoir qu’une seule obsession : épurer au maximum. D’où l’apparente légèreté de la trame. La légende de Jeremiah Johnson ne repose finalement que sur le drame qui l’affecta lorsqu’une tribu indienne massacra sa femme et son fils adoptif. Si le début de l’intrigue repose sur l’initiation, la fin n’a pour but que d’illustrer la vengeance de Jeremiah et son obsession à vouloir supprimer tous les indiens ennemis qu’il rencontre sur son passage. On sent très nettement que Pollack est plus à l’aise dans la première partie que dans la seconde, les évènements s’y enchainant bien trop rapidement. Le discours est néanmoins clair comme de l’eau de roche : l’arrogance qu’incarne la civilisation aura eu raison de la sérénité du pionnier. Réduit à l’état animal, Johnson a désormais assimilé que dans la nature, tout repose sur la loi du plus fort. Si l’œuvre n’est pas toujours morale, elle sait pourtant se montrer réaliste. Pas de règle en pleine jungle, la destinée n’est en rien contrôlée. Pollack traite son héros à l’égal des indiens qu’il croise régulièrement. Tous confèrent de multiples codes à la nature, mais au final personne ne peut vraiment la comprendre. Arrive un moment où ce que l’on chérit s’évapore, et que tout est à recommencer. Pollack se recule pour mieux contempler son sujet : aussi cruelle soit-elle, la nature est plus que jamais souveraine.