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C’est un fait, le cinéma italien est dans une impasse. Le temps où leurs fictions faisaient le tour du monde est bel et bien révolu. Désormais, un seul moyen pour tirer son épingle du jeu : oser s’aventurer en politique. Comme on le sait, le festival de Cannes s’applique chaque année à refléter les prouesses cinématographiques de telle ou telle contrée. Si en 2007 l’Italie était littéralement absente de la compétition officielle, en 2008 elle revient en force avec deux films. Deux films que l’ont retrouve d’ailleurs au palmarès final : tout d’abord Il divo de Paolo Sorrentino, honoré d’un prix du jury (un choix discutable, voir ma critique ici) puis ce Gomorra qui fit main basse sur le grand prix (soit la plus grande distinction juste derrière la palme d’or remise cette année à Laurent Cantet pour Entre les murs). Matteo Garrone y prend pour cible la Camorra, ce réseau mafieu né dans les rues napolitaines il y a près de deux siècles et qui ne cesse de prendre de plus en plus de pouvoir sur le territoire italien. Au programme, un homme enrôlé dans le trafic de déchets, un courtier chargé de la paye, un enfant impliqué dans un règlement de comptes, un couturier menacé de trahison et enfin deux ados insouciants occupés à semer le trouble en terre mafieuse.

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Les brèves minutes qui précèdent l’exposition du titre donnent le ton. Gomorra s’ouvre sur la silhouette d’un homme auréolé de néons bleus. S’il était quelque connotation christique ou futuriste, elle est démolie en quelques secondes. Une balle dans la tête. L’homme en question n’était qu’un mafieux grillant sous les UV. Garrone agira tel quel sur l’ensemble du film. L’action arrive par derrière, insoupçonnée, violente mais également insensible. L’entreprise consiste bien à rabaisser la mafia plus bas que terre en jouant la carte de l’irrévérence. En soi, le documentaire vient contrebalancer la fiction. L’Italie, et plus particulièrement Naples, pourrit progressivement sous l’influence de la Camorra. Garrone fait planer une tension sur les innocents. Les images pourraient tout à fait parvenir d’une caméra de sécurité. La Camorra sait tout et ose agir même dans l’incertitude. Tout italien semble avoir été mis sur écoute. Plus de liberté possible. Dans ce système pourtant traditionnaliste, même femmes et enfants sont concernés. Que règne alors la loi du plus fort : les victimes potentielles, comme Maria, traquées comme des nuisibles, n’ont pour solution que de se tapir dans l’ombre. Il n’est pas de mafia noble, simplement des brutes qui opèrent dans les rues. Les décisions de meurtres peuvent tout à fait être prises en banlieue, soit tout en bas de l’échelle sociale.

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En soulignant l’omniprésence de la Camorra, qu’il en soit d’un important trafic de déchets ou d’un simple règlement de compte dans la rue, Garrone accuse également l’indifférence politique, policiers et gendarmes ne s’impliquant réellement que lorsqu’il y a meurtre de mineur. Le ton est faussement passif, conférant ainsi à Gomorra un intérêt certain. Derrière les images, le réalisateur pointe du doigt : les horreurs sont bel et bien là, près de vous. La Camorra assure la relève, recrutant dans les rues, à l’image du jeune Toto convaincu d’être devenu l’un des leurs le jour même où, pourvu d’un gilet pare-balle, on lui tira dessus. Il n’est plus d’innocence, plus de morale. A l’inverse, les gêneurs sont supprimés, tels ces deux ados perturbateurs auxquels ont a fait mine de confier une tâche importante pour mieux les supprimer comme des rats. L’Italie est une passoire, Naples un ghetto, la Camorra devenue incapturable. Pessimiste, Garrone se rend à l’évidence : il n’est plus d’espoir possible.