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Peu de cinéastes marchent par trois. Dans le cas concernant Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy, les résultats ont toujours été relativement probants. Ils sont de ces artistes discrets, ceux qui affectionnent les burlesques américains et qui savent se satisfaire d’un bout de carton en guise de décor. Car voila, Rumba est un film cheap, caractéristique fatalement handicapante dès lors que les aspirations sont un tant soi peu réalistes. Si le trio de cinéastes n’est pas exempt de conscience sociale (d’après la théorie selon laquelle tout film est politique), là n’est pas leur souci premier. Abel, Gordon et Romy sont des saltimbanques, maniant le rire et les larmes à la manière de l’Auguste et du Pierrot. Rumba conte ainsi l’histoire d’un couple d’instituteurs. Elle enseigne l’anglais, lui l’éducation physique. Passionnés de rumba, ils participent régulièrement à des concours et accumulent les médailles d’or. Sur le retour de l’une de ces manifestations cantonales, ils manquent d’écraser un homme qui souhaitait mettre un terme à son existence. L’accident n’aura touché que le couple de danseurs. Lui a perdu la mémoire, elle une jambe. Les ennuis commencent, leur vie ne sera plus jamais la même.

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Rumba est de ces petites perles qu’il faut aller dénicher dans les petites salles de cinéma art et essai. A peine plus d’une heure mais ô combien de fraîcheur ! Abel, Gordon et Romy sont les dignes héritiers belges de Jacques Tati et la preuve même que le burlesque a encore de beaux jours devant lui. Nous sommes dans le comique de situation, de répétition, de caractères et d’exagération. La réussite est d’avoir su réduire les dialogues au minimum. Dom et Fiona, les deux personnages principaux, sont des clowns mariant subtilement la comédie et la mélancolie. L’histoire est loin d’être drôle. Nous suivons pourtant ces deux éclopés avec le sourire tant les situations auxquels ils sont confrontés sont cocasses et filmées avec goût. Les plans sont simples, épurés quoique colorés et géométriques (Tati quand tu nous tiens). Sur tout cela se rajoute une humeur désillusionnée qui participe à la poésie ambiante. Les personnages ne sont pas gâtés, ainsi confrontés à un incendie peu après leur accident de voiture. Pourtant, nul besoin de psychologie. Le film se veut simple divertissement, et en cela imperméable aux mauvaises ondes. Maître mot : sourire.

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Abel, Gordon et Romy sont des modestes à qui le cheap sied bien. Car même s’ils font du « petit » cinéma, ils le font avec cœur. Rumba, c’est le cirque et toutes ses couleurs qui rappliquent au cinéma. On rit avec entrain et l’on admire la beauté des cadres dans lesquels se meuvent nos deux héros exhibant avec tonicité et malice leurs pirouettes latines. Heureux de savoir qu’il existe encore des saltimbanques au cinéma. Chaplin s’en serait certainement réjoui.