un-barrage-contre-le-pacifique-07-01-2009-4-gUn barrage contre le Pacifique prouve encore une fois que le fossé est immense entre ces deux mondes que sont le documentaire et la fiction. Rithy Panh, réalisateur cambodgien, passe de l’un à l’autre. A l’origine documentariste ayant dénoncé fermement les traumatismes de son pays, il se consacre ici au roman qui fit connaître Marguerite Duras. L’action se déroule en 1931, en Indochine française et plus exactement dans le golfe du Siam. Une mère de famille, interprétée par Isabelle Huppert, a investi dans une terre régulièrement inondée et par conséquent incultivable. Avec l’aide des paysans du village, elle tentera de construire un barrage contre le Pacifique. Les problèmes de famille ne sont pas en reste, son fils comme sa fille n’ayant pour ambition que de plier bagages…
 
un-barrage-contre-le-pacifique-07-01-2009-3-gFilmer le réel et le reconstituer sont deux choses bien distinctes et Rithy Panh n’était manifestement pas prédestiné à la deuxième option. Un barrage contre le Pacifique n’est pas un film détestable en soi, mais il est néanmoins suffisamment commun pour être rapidement oublié.  Panh semble délaisser tout imbroglio politique pour se concentrer sur sa famille française. Le film devient alors un mélodrame, pas mauvais en soi, mais qui délaisse quelque peu un thème majeur, à savoir le profit de l’administration coloniale face au peuple uni dans sa volonté de faire barrage humain. Mais non, Panh persiste à éviter tout conflit majeur et se contente de tirer quelques coups de fusils en l’air voire au maximum de planter une tête sur un piquet. Côté mise en scène, on l’a connu plus inspiré tant le film ne fait preuve pour ainsi dire d’aucune idée (quant à Huppert parlant toute seule pour laisser entrevoir l’étendue de sa tourmente, on y croit moyen). En guise de consolation, on a droit à un détestable chinois (Randal Douc) faisant sa cour à la fille d’Huppert (Astrid Berges-Frisby). Romance qui se terminera en baffe après caressage de jambes dans une bagnole. Alors il reste comme toujours l’interprétation d’Huppert, toujours bonne quoique vampirisant quelque peu ses compagnons de route (Gaspard Ulliel notamment, relégué pour le coup au rôle de potiche bourru mais belle gueule). Heureusement il y a les paysages d’Indochine, très bien filmés malgré tout et systématiquement en accord avec la profondeur durasienne que Panh a voulu conférer à ses personnages (Huppert, en tête, encore).  Cela dit, quitte à contempler un excellent film sur l’Indochine, mieux vaut s’en retourner, encore et toujours, vers Pierre Schoendoerffer et sa 417ème section