04 novembre 2009

La Garçonnière (Billy Wilder, 1960)

garconniere-1960-01-gC'est toujours un plaisir de replonger dans La Garçonnière tant ce film s'avère riche en émotion, en audace et en intelligence. Loin de moi l'envie de rabaisser d'autres oeuvres de Billy Wilder pour mettre celle-ci plus en avant. Assurance sur la mort, Sunset Boulevard, Certains l'aiment chaud : vous remarquerez que le Billy n'en est pas à sa première réussite. On retrouve ici en tête d'affiche l'acteur phare de Wilder, à savoir Jack Lemmon, petit employé dans une compagnie d'assurance qui, plus que toute autre chose rêve de devenir cadre. Motivation qui le pousse à transformer gracieusement son appartement en garçonnière que viennent squatter tour à tour ses supérieurs hiérarchiques. Seulement voila, le gentil Jack est amoureux, et pas de n'importe qui puisqu'il s'agit de la charmante fille de l'ascenseur, à savoir Shirley MacLaine qui soit dit en passant est aussi la maîtresse du big boss de la compagnie (Fred MacMurray). Et on n'y coupe pas, ce dernier cherchera lui aussi à profiter de la fameuse garçonnière, ce qui conduira notre gentil Jack Lemmon dans une situation des plus embarassantes.

garconniere-1960-04-gLes intentions de mise en scène peuvent sembler curieuses tant Wilder s'applique à se débarrasser des étiquettes et des convenances. Concernant son genre tout d'abord, le film démarre comme une comédie sociale avant de se réfugier à mi-parcours dans le mélodrame. Techniquement ensuite, Wilder choisit de filmer en scope et en noir et blanc à l'heure où la tendance est à la couleur. De ces choix plutôt fantaisistes en apparence émerge un ton assez curieux, et souvent plus grave qu'on ne l'attendait. Nous sommes en 1960 et le cinéma de Billy Wilder s'écarte de la fiction pure telle que l'a toujours produite Hollywood pour porter un regard plus conscient sur la société contemporaine. De cette façon, le cinéaste montre que l'américain des années 60 est entré dans l'ère des médias, et de la télévision plus particulièrement : on renonce à voir Grand Hôtel à la télé tant la publicité envahit l'écran et on se met à parler politique (en l'occurence de Fidel Castro) quand on n'a rien d'autre à faire. Nul doute, on est bien dans un cinéma en passe de devenir moderne (de l'autre côté de l'Atlantique la Nouvelle vague fait des siennes, et dans le studio voisin, discrètement, Coppola pointe déjà le bout de son nez).

Conformément à l'élégance qu'on lui connaît, c'est avec un humour subtil que Wilder s'approche de ces hommes-fourmis qui s'agitent dans les bureaux. Si le personnage de Lemmon est comique, sa vie est loin de l'être : il est évident que sa profession à pris le pas sur sa vie privée. Sans oublier que pour réussir à grimper les échelons, la seule solution qu'il a trouvé est de recourir au pot-de-vin. Oui, dans ce monde sinistre où la spéculation bat son plein et où quasiment tous les hommes trompent leur femme, il y a peu de place pour les rêveurs. Par conséquent, les personnages de Jack Lemmon et Shirley MacLaine évoluent tous deux comme dans un labyrinthe, attendant de tomber l'un sur l'autre au coin d'un tournant.

garconniere1De fait, si dans sa deuxième partie le film tourne au mélodrame, il n'est en aucun cas question de "coup de foudre" : MacLaine a bien conscience que le petit Lemmon est gentil, mais elle lui préfère pourtant le vilain MacMurray qui a auparavant pris soin de lui promettre la lune. Le personnage de Lemmon est à contre-temps, le seul à encore ôter son chapeau dans l'ascenseur, à parler de "dignité" et à accepter d'endosser les responsabilités des autres. Son côté ringard ne passe pas inaperçu et confère au film un aspect comique indéniable (il faut le voir parader fièrement avec son chapeau melon flambant neuf). C'est d'ailleurs ce qui lui fait défaut auprès des femmes. Ironie du sort : à la vue des poules qui défilent dans son appartement, ses voisins le prennent pour un tombeur. De ce contraste entre le héros classique et le monde moderne émerge une nostalgie douce-amère. Le divorce a été entamé entre le cinéma et l'illusion qu'il proférait jadis. Pourtant, la magie marche encore lorsque le temps s'arrête et que les personnages s'isolent : c'est lorsque nos deux héros sont seuls dans l'appartement que leur charme à tous deux éclatent aux grand jour, Shirley avec sa coupe à la garçonne concentrée sur Jack et sa raquette à spaghetti (qui n'aura d'ailleurs jamais autant fait penser à Charlot, le rêveur comique par excellence). Et l'on se dit qu'heureusement il existe encore des héros tels que celui-là, conférant à la réalité un éclat authentique, et promettant que par ci par là se cachent encore des gens biens...

Posté par twain81 à 11:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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